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Ce débat vital qui débute à gauche.

Publié le par Section Pcf Vierzon

Le premier nous ramène, encore et toujours, à l’Europe. Les plus sombres pronostics déjà énoncés ici s’avèrent, hélas, en passe de se réaliser. Alors que l’Espagne et l’Italie sont plongées dans une tourmente financière et bancaire qui les amène au seuil d’une authentique catastrophe, la Banque centrale européenne vient de décider… de ne rien faire dans l’immédiat. Ouvrant elle-même, ce faisant, la brèche par laquelle se prépare à s’engouffrer une nouvelle offensive spéculative sur les marchés. C’est Le Monde daté de ce jour qui, s’échappant pour une fois de son européisme libéral béat, résume la perversité des mécanismes censés garantir la stabilité de la zone euro : « Concrètement, l’institution se dit prête à reprendre ses achats de dette publique, mais cette fois uniquement si les États concernés – Espagne et Italie en tête – ont au préalable demandé l’aide des fonds de secours européens (le Fonds européen de stabilité financière, FESF et/ou son successeur, le MES). Autrement dit, si les gouvernements acceptent les contreparties en termes de réformes structurelles et d’ajustement budgétaire exigées en cas d’utilisation des fonds européens. »

Comment mieux rendre compte de l’inutilité des décisions du sommet européen des 28 et 29 juin, dont François Hollande avait pourtant expliqué qu’elles replaçaient l’édification communautaire sur de bons rails ? Comment ne pas voir, dans le comportement aventurier et cynique d’un cénacle de gouverneurs, rendu indépendant par la volonté des gouvernements, je veux parler de ceux qui président aux destinées de la BCE, la nouvelle preuve que le continent est condamné à toujours davantage d’austérité s’il demeure dans les clous des traités actuels et, tout particulièrement, dans ceux du Pacte de stabilité budgétaire ? Comment ignorer qu’à vouloir sans cesse « rassurer » les investisseurs par des postures rigoureusement obéissante au dogme libéral, celles qui exigent des peuples toujours plus de sacrifices, on ne fait que laisser libre cours au fonctionnement erratique des marchés ?

Voilà une nouvelle confirmation que seule une ligne de conduite courageuse peut apporter une solution à une crise systémique devenue hors de contrôle, et qu’il devient à chaque instant plus impératif de redresser la construction européenne si l’on veut conjurer le spectre d’une dislocation de la monnaie unique. Cela fixe, d’ores et déjà, « l’agenda » de la gauche pour la rentrée toute proche.

Je lis, à cet égard, toujours dans Le Monde, qu’une partie significative des parlementaires d’Europe Écologie-Les Verts pourrait se prononcer contre le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) de la zone euro. Excellente nouvelle, en ce qu’elle traduit la prise de conscience salutaire qui est en train de s’opérer au cœur de la gauche ! Je dis bien au cœur de la gauche, car le phénomène ne concerne plus uniquement le Front de gauche. Il dépasse même les seuls écologistes. Au Parti socialiste lui-même, le débat se fait jour.

Une dernière note avant de prendre un peu de repos... Pour traiter de deux faits politiques qui peuvent, demain, revêtir une grande importance, bien que la saturation présente de l’espace médiatique par les Jeux olympiques ait pu les reléguer au second plan.

FORCES DISPONIBLES DANS TOUTE LA GAUCHE

Parmi les contributions ouvrant la discussion du prochain congrès du parti qui détient aujourd’hui la quasi-totalité des leviers de commande, trois au moins affichent leur refus de l’« ordolibéralisme », cette doctrine mettant les moyens coercitifs des États au service de la libre concurrence et de la dérégulation généralisée, qui régit présentement la conduite des affaires de l’Europe sous l’égide des conservateurs allemands. Celle intitulée « Le Temps de la gauche » (signée, entre autres, par Marie-Noëlle Lienemann) relève à juste titre : « Le divorce entre notre parti et le peuple de gauche peut venir de l’Europe : l’orientation actuelle de la construction européenne, consistant à accompagner la mondialisation libérale, ne saurait satisfaire nos concitoyens. » Celle d’Un Monde d’avance (le courant dont Benoît Hamon était le chef de file officiel jusqu’à son entrée au gouvernement) n’est pas en reste : « Le fédéralisme ‘’merkozy’’, c’est le désarmement de la puissance publique face à la crise, l’austérité, la récession et la dégradation des conditions de vie de l’immense majorité des citoyens européens. La fin de l’autonomie budgétaire est également, clairement, un recul démocratique au profit d’une technostructure qui détourne les citoyens de l’idée de l’Europe fédérale. Dans un contexte de crise, le carcan de la ‘’règle d’or’’ que voudraient nous imposer les libéraux n’est pas simplement une aberration économique, c’est aussi le ferment de potentiels troubles politiques majeurs. De fait, le gouvernement actuel a bien une responsabilité immense. » Celle de Gérard Filoche et de ses amis est de la même veine : « Le TSCG serait un pas supplémentaire dans la perte de souveraineté budgétaire des États de l’Union, au profit de deux institutions qui n’ont pas de compte à rendre au suffrage universel : la Commission européenne et la Cour de justice. »

Potentiellement, face aux terribles secousses qui pointent à l’horizon, il existe donc à gauche des forces suffisantes, si elles savent conjuguer leurs efforts, pour permettre qu’un coup d’arrêt soit mis à des mécanismes qui broient les peuples, que puisse s’amorcer la contre-offensive qu’impose un libéralisme mortifère, que le cap soit mis sur un changement profond qui délivrerait un message d’espoir à l’ensemble de notre continent.

Le nouveau président de la République a beau avoir inscrit son quinquennat sous le signe de ce fameux « chemin d’équilibre » entre rigueur budgétaire et justice, qu’il évoquait à peine élu sur une chaîne de télévision, la dynamique de son succès face à Nicolas Sarkozy se sera cristallisée sur autre chose : ses tirades contre la dictature de la finance, ses appels au retour à l’égalité républicaine, sa promesse de favoriser la réorientation de l’Europe.

LE VRAI MANDAT DU 6 MAI

Dit autrement, le 6 mai n’aura pas exactement été la victoire du social-libéralisme, tant attendue de ces figures marquantes d’une élite depuis longtemps acquise à la soumission aux règles d’airain du nouveau désordre capitaliste mondial. Elle aura d’abord été celle d’une gauche, rassemblée à l’occasion des seconds tours de l’élection présidentielle et des législatives ayant suivi, qui bénéficia du rejet par le peuple d’une politique de régression sociale et démocratique sans précédent depuis la Libération. Une gauche qui, dans sa composante dominante elle-même, aura pour cette raison été freinée dans cette normalisation libérale ayant un peu partout sapé ses fondements originels et mené tant de ses homologues en Europe à de magistrales défaites.

Lorsque je formule ce constat, j’ai conscience qu’il ne manquera pas de lecteurs pour me signifier que le PS français, à l’instar des autres formations de l’Internationale socialiste, a déjà subi, depuis une trentaine d’années, une mutation de ses bases sociales et de son socle de référence idéologique, du fait de son adaptation à une marchandisation gagnant toutes les dimensions de la vie humaine et à la toute-puissance d’un capitalisme financier globalisé. C’est incontestable à cette réserve près que, contrairement à ce qu’il advint des social-démocraties d’Italie, de Grande-Bretagne ou d’Allemagne, sans parler des autres, le processus ne put jamais, dans ce pays, être conduit à son terme. La succession de mobilisations engageant des foules aussi nombreuses que celles de Mai 68, la résistance obstinée du mouvement ouvrier hexagonal à l’adaptation libérale, la force persistante de l’aspiration égalitaire dans le pays auront, in fine, interdit qu’une victoire électorale fût envisageable sur la base de la soumission proclamée au règne du marché-roi.

Voilà déjà huit ans, Jacques Attali, tout en enregistrant les pas à ses yeux positifs auxquels avaient consenti les socialistes dans la direction d’un aggiornamento « moderniste », grinçait déjà contre cette spécificité hexagonale : « D’abord, presque seuls en Europe, ils restent attachés à ce nom si décrié, si discrédité de ‘’socialisme’’ (…). Ensuite, ils continuent de proclamer que leur projet à eux ne se résume pas à une gestion sociale du marché, ni à une protection uniforme du temps ; ils persistent à soutenir que, pour défendre la solidarité et l’intérêt général, l’État doit utiliser tous les outils possibles, même s’il faut, à cette fin, exclure de la concurrence des pans entiers de l’industrie, ou augmenter sensiblement les impôts. Enfin, à la différence de presque tous les autres partis de la gauche démocratique à travers le monde, ils n’ont jamais fait leur deuil de l’utopie » (in La Voie humaine, Pour une nouvelle social-démocratie, Fayard, 2004).

Pour avoir, à trois reprises, en 2002 (avec la campagne que Lionel Jospin choisit de mener en indiquant qu’elle n’était surtout pas « socialiste »), en 2005 (en défendant le « oui » au traité constitutionnel européen contre la majorité du peuple de gauche) et en 2007 (lorsque Ségolène Royal se perdit elle-même en tentant d’adapter à la France la funeste théorie de la « triangulation », consistant à chercher son succès dans le recyclage des grandes thématiques identifiantes de l’adversaire de droite), négligé les attentes de leur propre électorat, les dirigeants de la rue de Solferino subirent des revers cuisants. À l’inverse, sans doute parce que la campagne de Jean-Luc Mélenchon obtenait l’écho que l’on sait, François Hollande fut conduit à imprimer à son discours une tonalité bien plus à gauche que ne le laissait craindre son positionnement des « primaires » de l’automne 2011. On peut y voir la trace d’une ambiguïté coupable ou d’une ambivalence manœuvrière. Qu’importe, au fond ! Ce qui demeure dans la mémoire des électeurs et électrices de gauche représente un mandat impératif pour celui qui a bénéficié de leurs suffrages. En eux-mêmes, le 6 mai et le 17 juin n’auront rien réglé définitivement. Ils auront seulement ouvert la possibilité que puisse bifurquer le cours des événements. Ce n’est pas rien, et c’est à cette aune que chacun sera maintenant jugé…

PERMETTRE L’ENTRÉE EN LICE DU PEUPLE

En l’occurrence, si le nouveau pouvoir de gauche devait s’égarer dans le plus total des renoncements face aux banques et aux fonds spéculatifs, ce renoncement que symbolise le TSCG (pour les raisons que décrivent parfaitement les trois contributions socialistes citées plus haut), il prendrait la responsabilité d’un désastre politique, d’une fracture avec les classes populaires, d’une désillusion aux conséquences à ce jour imprévisibles. Surtout en un moment où la vulgate libérale n’a plus rien à promettre aux citoyens, hormis du sang et des larmes. Le débat qui s’amorce, au sein de la gauche, apparaît donc d’une importance capitale. Il ne concerne d’ailleurs pas uniquement les partis, les coalitions ou les sensibilités politiques existantes. Il doit irriguer le pays, impliquer le mouvement social et plus généralement les citoyens, permettre à ces derniers de devenir les acteurs d’une confrontation déterminante pour l’avenir.

Ainsi, si la raison ne l’emportait pas au sommet du nouveau pouvoir, conduisant au rejet du pacte austéritaire européen, la souveraineté populaire aurait-elle à s’exercer par la voie d’un référendum, toutes les forces conscientes de l’enjeu que concentre ce traité devant alors se retrouver pour en exiger l’organisation, puis pour y faire triompher un « non » déterminé. Au-delà, la voie d’un changement profond des conditions d’existence du plus grand nombre ne s’ouvrira en grand qu’à la faveur d’un nouveau rapport de force que seule l’entrée en lice du peuple peut favoriser. Appelant à « rassembler l’ensemble de la gauche » - ce qui ne s’avérerait toutefois possible qu’à partir d’une ligne résolue d’affrontement avec les puissances d’argent -, la contribution socialiste « Le Temps de la gauche » évoque « une dynamique dans l’action militante et dans des pratiques participatives à la base, qui rassemblement des citoyens de gauche au-delà des appartenances partisanes ».

Une intuition qui pourrait se révéler des plus fécondes, pourvu que le débat tout juste naissant aille jusqu’au bout et parvienne à changer de fond en comble la donne politique française. Dans quelques semaines, il reviendra au Front de gauche d’en être le moteur…

Christian PIQUET: Front de Gauche.

Publié dans FRONT de GAUCHE

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