Déserts médicaux : "Une grande déception, il n'y a pas d'avancée"

Publié le par Section Pcf Vierzon

INTERVIEW de Roger RUA, - La ministre de la Santé Marisol Touraine a annoncé jeudi un plan en douze  "engagements" pour lutter contre les déserts médicaux. Roger Rua, généraliste et président du Syndicat des médecins libéraux (majoritaire, droite) revient sur ces mesures qu'ils jugent "décevantes".

Etes-vous satisfait par les mesures annoncées jeudi?
Non. On ne s'attendait pas vraiment à des propositions très nouvelles et efficaces à court terme. Et comme nous nous y attendions, nous avons assisté jeudi à une énumération de mesures ayant déjà existé et qu'on a adaptées au goût du jour. Pour nous, c'est une grosse déception, il n'y a pas d'avancée. On reste dans un système "hospitalocentré" forcené avec des généralistes qui sont guidés par l'hôpital public, aidés par des spécialistes hospitaliers et pas libéraux. Ce plan montre un manque de confiance envers les libéraux : le gouvernement ne semble pas leur faire confiance pour s'organiser. C'est dommage car ce sont eux qui font le gros du travail auprès de la population.

«Ce plan montre un manque de confiance envers les libéraux»

Ces mesures vont-elles améliorer la situation dans les déserts médicaux?
Non, car la plupart des mesures visent les étudiants et sont à portée très lointaine. Nous savons que dans quatre à cinq ans le phénomène des déserts médicaux va empirer quand toute une génération de généralistes va partir à la retraite. Les mesures sont toujours technocratiques : des plans, des structures, des réseaux. Elles mettent des années à être mises en place et quand elles sont effectives, elles sont déjà obsolètes. Les médecins libéraux sont ceux qui sont les plus flexibles. C'est, par conséquent, la médecine libérale qui est la plus apte à relever les défis d'aujourd'hui.

Aucune mesure ne vous satisfait-elle?
Si, l'une d'entre elles, que nous soutenons depuis longtemps : rendre obligatoire de 3 à 6 mois dans un cabinet médical pour tous les étudiants qui vont être généralistes. Actuellement, ce stage n'est pas obligatoire et devenir maitre de stage est un parcours du combattant. Il faut créer un internat de médecine générale comme il en existe dans les autres spécialités, mais libéral. Il faut pour les futurs médecins  généralistes une immersion totale dans le système libéral pour qu'ils sachent ce que c'est et leur donner envie.

Quelles sont les mesures incitatives que vous préconisez et qui n'ont pas été reprises?
Nous proposions par exemple des mesures incitatives très peu coûteuses pour que les retraités qui ont envie d'avoir une activité parcellaire, à temps partiel, puissent exercer. Nous proposons également un système de "médecin volant" : que dans chaque désert médical évalué, un médecin installé ailleurs, et qui se fait remplacer chez lui, assure le service médical pour quelques semaines ou quelques mois, avec un roulement de plusieurs médecins qui couvre toute l'année. C'est une solution rapide et très peu coûteuse qui a été testée à Belle-Ile-en-Mer (Morbihan) cet été, mais qui peut être étendue. Nous avons déjà des médecins qui se sont portés volontaires. Il suffit de s'organiser, ce n'est pas compliqué : c'est un planning sur un tableur excel, et pour la population, c'est une réponse immédiate.

«Des retraités qui travaillent partiellement et des médecins "volants"»

Que recommandez-vous au gouvernement?
Je pense que le gouvernement n'a pas assez écouté les jeunes médecins. J'ai rencontré plusieurs syndicats d'étudiants : les jeunes ne veulent pas s'engager dans une installation à peine diplômés. Il y a une féminisation de notre profession, or nos jeunes consœurs n'ont pas envie de s'installer très jeunes. Elles se préoccupent d'abord de leur vie personnelle, de leur vie familiale, et ensuite elles ont envie de s'installer en libéral. Le gouvernement ne va pas au fond du problème. Il faut prendre conscience des désirs nouveaux des jeunes installés pour qu'ils puissent s'épanouir dans le libéralisme. Il faudrait que le gouvernement fasse un effort de reconnaissance du rôle joué par les praticiens, surtout bien sûr en secteur 1 (sans dépassement d'honoraires, Ndlr), et notamment les généralistes. Une fois qu'on aura cette reconnaissance, ça s'organisera beaucoup mieux en France. 

Par Anne-Gaelle Rico - leJDD.fr

Publié dans Dans la presse.

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