Dossier Finance : l'Epargne Solidaire.

Publié le par Section Pcf Vierzon

La finance solidaire peut-elle se développer, voire prospérer sur les décombres de la crise ? Ses promoteurs y croient. Selon l’association Finansol, l’encours des placements dits «solidaires» a déjà été multiplié par 12 en dix ans, passant de 300 millions d’euros en 2002 à plus de 3,55 milliards aujourd’hui. Longtemps cantonnée à un cercle de militants, elle compte désormais 800 000 épargnants. Des Français écœurés par l’argent fou et la crise financière ou simplement échaudés par les placements à risque proposés par les grandes banques. Ces nouveaux épargnants solidaires ne veulent plus que leur bas de laine serve à alimenter la Bourse, mais plutôt qu’il aide à monter des projets «à forte utilité sociale».

«Humaine». "La crise a créé un électrochoc dans l’esprit des épargnants, constate Sophie des Mazery, directrice de Finansol. Il y a un besoin de donner du sens à leur capital, l’envie d’une finance plus humaine." Que ce soit via un livret de partage, qui reverse une partie ou tous les intérêts, un plan d’épargne salariale ou par la prise de participation directe au capital d’une coopérative, les épargnants solidaires investissent dans des structures non cotées qui œuvrent sur le terrain pour le logement, l’insertion sociale, l’aide au développement ou encore l’économie durable.

En dix ans, la finance solidaire a permis à plus de 80 000 entreprises de se développer avec 200 000 emplois à la clé. Plus de 33 000 personnes ont trouvé un habitatgrâce aux acteurs du logement très social et un millier de projets de solidarité internationale soutenus. "C’est une finance patiente mais réelle, souligne Amélie Artis, docteure en sciences économiques et auteure d’un livre sur le sujet. L’épargne solidaire apporte des réponses concrètes. Des gens en bénéficient tous les jours."

Le financement solidaire permet, par exemple, à la boulangerie parisienne Farinez’ vous d’employer 60% de salariés en insertion, ou au complexe résidentiel la Chrysalide, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), d’offrir un logement stable à une vingtaine de jeunes mères SDF. Grâce à la souscription d’actions solidaires, la foncière Terre de liens rachète des terrains agricoles pour permettre l’installation de jeunes agriculteurs bio : ils sont 150 installés ou en cours d’installation.

Mais si cette autre finance progresse vite, elle reste une goutte d’eau dans l’épargne des Français. Ces placements atypiques ne représentent que 0,1% de leur patrimoine… Pourtant, depuis le premier fonds de partage Faim et Développement, lancé par le Crédit coopératif en 1983, la gammedes produits financiers solidaires s’est considérablement diversifiée et développée. Livrets d’épargne, fonds communs de placement, Sicav… On compte aujourd’hui 128 produits labellisés par Finansol. Mais si 42% des Français ont entendu parler de la finance solidaire, selon le baromètre Finansol, le passage à l’acte reste marginal. Les raisons ? Manque d’information, mais aussi l’idée, tenace, que ce secteur n’est pas rentable. «Ces entreprises sont comme les autres, soumises à des impératifs de rendements», explique Sophie des Mazery. Si ces placements ne promettent pas de hauts rendements, ils génèrent des intérêts directs ou indirects grâce, notamment, à des avantages fiscaux.

«Amortisseur». "C’est faux de dire que la finance solidaire n’est pas rentable, renchérit Karen Massicot, du département Investissement responsable de Natixis AM, société qui collecte 32% de l’épargne salariale solidaire. Nos fonds sont "90-10" : 90% des actifs sont placés en Bourse et jusqu’à 10% sont investis dans des entreprises solidaires non cotées. La poche solidaire a un potentiel de rendement plus faible, mais elle peut constituer un amortisseur pendant la crise.

Un peu moins rémunératrice, la finance solidaire serait aussi moins risquée. "Les entreprises du secteur ont une structure de capital très stable. Le taux de casse est bien moins élevé que dans le secteur traditionnel. En cas de coup dur, ces structures de type coopératif s’en tirent mieux", vante Amélie Artis.

Depuis 2010, chaque plan d’épargne d’entreprise doit proposer au moins un fonds commun de placement solidaire. Cette mesure a boosté l’épargne solidaire - multipliée par trois -, mais celle-ci doit changer d’échelle pour atteindre le 1% du patrimoine financier solidaire visé par les acteurs du secteur d’ici quinze ans. "Nous finançons 1 000 entreprises solidaires par an. Nous proposons des prêts et nous accompagnons ces entrepreneurs sur le terrain, expose Jean-Marie Lecuyer, de France Active, un des principaux acteurs du secteur. Mais le flux qui vient de l’épargne solidaire est insuffisant et risque de nous limiter."

Il faut donc trouver de nouveaux gisements. Comme Mandarine Gestion, qui a lancé, en 2010, un fonds commun de placement à risque solidaire. Un produit atypique, mais qui a attiré des clients "avec de gros portefeuilles qui souhaitaient diversifier leurs investissements. Ils ont été très réceptifs, précise Patrick Savadoux, de Mandarine. Ils ont été séduits par l’histoire de ces entreprises, leurs réalisations concrètes. Il y a énormément de projets à financer. Il faut aller chercher ces acteurs."

«Dérouter». Du côté de Finansol, on planche sur la création d’un produit bancaire solidaire. "Il n’existe pas de produit grand public lisible, explique Sophie des Mazery. On peut imaginer une sorte de Livret A dont une partie des encours serait placée dans l’économie solidaire. Ou élargir le livret développement durable à la solidarité." Les acteurs lorgnent aussi du côté du placement préféré des Français : l’assurance-vie. Ne «dérouter» qu’une infime partie de ses 1 147 milliards d’encours représenterait une manne formidable. "Mais ce n’est pas évident de convaincre les assureurs d’investir chez nous", déplore Lecuyer.

Plus d'Infos:
(1): Epartgne Solidaire.http://www.epargne-solidaire.com/

(2) http://aspe-solidaire.solidairesdumonde.org/archive/2011/02/07/presentation-de-l-epargne-solidaire.html

BLOG/PCF Vierzon.


Publié dans Social-Economique

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