Dossier: Ici Londres 2012 : le sanglot long des Jeux.

Publié le par Section Pcf Vierzon

Londres, envoyé spécial du journal l'Humanité. La capitale britannique va payer cher le fait d’entrer dans l’histoire: plus de 30 milliards d’euros, en comptant le budget olympique et le reste des infrastructures. Le format de l’événement sportif est devenu trop gigantesque pour rester une vraie fête. 

En sortant du métro à la station Stratford, il faut, comme indiqué, suivre le panneau « Parc Olympique ». Mais arrivé à l’air libre, l’œil n’accroche même pas un bout du pourtant volumineux (80 000 personnes) et coûteux (plus de 500 millions d’euros) stade olympique. Non, ce sont des magasins qui obstruent le champ de vision. Des magasins à gauche, à droite, devant, en hauteur, qui se dressent comme des cathédrales du consumérisme. Personne n’y échappera : le passage est obligatoire. Il faudra traverser le « mall » Westfield Stratford City et ses 175 000 mètres carrés de surfaces commerciales (300 boutiques et 70 restaurants), que les plus grandes marques mondialisées ont goulûment investi, alléchées par le passage de millions de supporters et de spectateurs.

Ce n’est certes pas nouveau : le rêve de Pierre de Coubertin a viré à la foire commerciale autant, si ce n’est plus, qu’à la fête des athlètes. Mais cette dérive n’aura jamais été autant matérialisée physiquement et symboliquement que par ce passage contraint chez les « marchands du temple » avant d’accéder aux « dieux du stade ».

L’œuvre ArcelorMittal Orbit : emblème de ces JO !

Une fois entré dans le « parc olympique », un autre symbole – aussi puissant – frappera les esprits et les rétines : l’œuvre censée 
incarner ces Jeux londoniens s’appelle ArcelorMittal Orbit. 120 mètres de haut, 1 400 tonnes d’acier tubulaire et 18 millions d’euros (sur les 22 du coût total) de la poche du milliardaire Lakshmi Mittal. La CGT de l’aciérie de Florange (Moselle) ne digère pas l’« opération marketing ». « Avec cette tour (...) Mittal s’achète le droit de redorer son image personnelle, écornée par les conflits de Florange et de Liège (Belgique) », affirme le syndicat qui estime « indécent » le montant payé par le numéro un mondial de la sidérurgie, « alors que des outils de production sont à l’arrêt ou au ralenti sur notre site et en Europe ».

« Indécent » : le mot convient bien au spectacle du même Mittal portant hier, dans les rues de Londres, la flamme olympique. Dès mardi, plusieurs syndicats belges de la métallurgie avaient fait part de leur « écœurement » au 
Comité international olympique (CIO). « Depuis que M. Mittal est devenu le numéro un de l’acier, il a congédié directement près de 70 000 travailleurs » dans le monde, ont-ils rappelé à Jacques Rogge, le patron du CIO. Ce dernier avait été élu, en 2001, sur une promesse : mettre fin à la course au gigantisme. Quel bilan, alors qu’il s’apprête à passer le relais en 2013 ? Il a réussi à plafonner le nombre de sports représentés (26), d’épreuves (302) et d’athlètes présents (10 500), mais il a échoué à juguler l’inflation financière et commerciale. Le gigantisme des JO, c’est un peu comme le réchauffement climatique : un « coup parti » contre lequel une volonté politique de fer s’impose si l’on prétend le faire reculer un tant soit peu.

Les 3es JO de l’époque « modernes » Pour Londres

Première ville de l’époque dite « moderne » à organiser pour la troisième fois les jeux Olympiques, Londres 2012, du fond de son expérience, dit ceci : trop gigantesque. Si l’organisation du plus grand événement sportif relève du casse-tête et du puits financier sans fond pour l’une des plus riches mégapoles du monde, il y a en effet un problème. Tout est « too big » : le coût, les infrastructures, la sécurité, les transports. Londres va payer cher le fait d’entrer dans l’histoire. Le budget du comité d’organisation est passé de 4 milliards d’euros à 14 milliards. Dérive en cours. Le gouvernement a dû, en plus, débourser des dizaines d’autres milliards en infrastructures pour une facture totale de plus de 30 milliards d’euros, dont 95 % proviennent de fonds publics. Dans l’urgence, il s’est également trouvé dans l’obligation de pallier les carences du privé en matière de sécurité : l’armée a été envoyée en renfort sur les sites olympiques !

À part ça ? L’Angleterre est officiellement entrée, mercredi, dans la pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale et les Londoniens qui le peuvent ont quitté la ville, effrayés par le barnum annoncé. La fête Olympique peut commencer.

L’antidopage frappe treize fois. Treize sportifs n’auront pas même l’honneur de fouler le sol olympique. Onze athlètes – trois Russes, deux Ukrainiennes, 
une Bulgare, une Turque, deux Grecs, un Marocain, un Hongrois – ont été pris par les brigades antidopage. À cette équipe, il convient d’ajouter deux haltérophiles turcs. Le président de la fédération internationale d’athlétisme (IAAF), Lamine Diack, y voit 
« la récompense de la lutte sans relâche contre le dopage » que mène l’IAAF, promettant « d’éradiquer le dopage » dans son sport.

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