DOSSIER logement «Derrière moi, 1 500 m2... inhabités depuis 1965»

Publié le par Section Pcf Vierzon

On croirait participer une visite guidée organisée par un tour-opérateur. «Alors derrière moi, un magnifique hôtel particulier, somptueux. 1500 mètres carrés... Inhabités depuis 1965.» Nous sommes place des Vosges, dans le IVe arrondissement, à Paris, devant l’un des lieux emblématiques de la lutte pour le droit au logement.

Derrière le micro, les membres du collectif Jeudi noir qui ont occupé le bâtiment pendant plusieurs mois en 2009-2010, avant d’être expulsés sur décision de justice. Depuis, le bâtiment est toujours vide. «C’est ahurissant de voir un tel immeuble laissé à l’abandon alors que des gens sont contraints de dormir dehors. Il y a un truc qui va pas. C'est un non-sens», tonne Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l’association Droit au logement, qui participe aussi à l'opération. Après une manifestation samedi, il a été reçu avec d'autres responsables associatifs par Cécile Duflot. La ministre du Logement n'a pas exclu de recourir à la réquisition des logements vides, elle a même affirmé étudier de près la question: «Aucun moyen ne doit être négligé [...] Tous les moyens disponibles doivent être utilisés. La réquisition fait partie de la panoplie.»

Sourire de Jean-Baptiste Eyraud: «La ministre nous a semblé déterminée. C’est bien. D’où notre initiative aujourd’hui, pour l’encourager et lui rappeler qu’on sera là sur le terrain.» Une petite visite guidée de bâtiments vides à réquisitionner dans les beaux quartiers de la capitale. La visite devait se faire en bus, ce sera finalement à pied. Nous voilà rue de Turenne, au croisement avec la rue de Bretagne, à quelques minutes de marche de la place des Vosges. Un beau bâtiment rénové avec sur la vitrine, cette inscription: «S’installeront ici prochainement bureaux administratifs, commerciaux, marketing et administration des ventes». Le message est là depuis un an et demi, selon les militants de Jeudi noir. On toque à la porte, un homme ouvre. Il est agent de sécurité. Depuis un an, il est chargé de la surveillance du bâtiment (un collègue prend le relais la nuit). 700 mètres carrés au total, refaits à neuf. «Des ouvriers viennent faire des travaux tous les jours, vous voyez, il y a leurs outils», montre le gardien. Le bâtiment n’est pas occupé depuis 1994. Pourquoi le propriétaire préfère-t-il payer un vigile que de le louer?

Pour Christophe Driesbach, membre de Jeudi noir, le propriétaire de cet immeuble a un patrimoine de quelque 200 millions d’euros et n’a pas envie de s’embarrasser avec des locataires. «Il préfère payer la taxe sur les logements vacants, moins élevée que la taxe d’habitation au passage. Ce n’est pas une lubie de militants, il existe un parc important de logements vides à Paris. 120 000 inoccupés depuis au moins deux ans selon l’Insee». Dans le lot, des bureaux en pagaille, difficiles à louer car trop chers ou ne correspondant pas aux critères des entreprises.

Transformer des bureaux en logements:

Quelques rues plus loin, un portail de garage fermé et cette pancarte, écrite à la main: «Site gardé. Maitre chien.» 5000 mètres carrés, anciens bureaux de Groupama, désertés depuis au moins une paire d’années. «Contrairement à ce qu’on croit, il est souvent facile de transformer des bureaux en logements. En terme de coût, cela revient parfois moins cher que de mettre aux normes des bureaux, assure Christophe Driesbach, architecte de profession. Je pense notamment à l’immeuble avenue de Matignon que nous avons squatté, détenu par la compagnie d’assurance Axa. Ça revient moins cher de faire des appartements que de construire un deuxième escalier, obligatoire pour un bâtiment professionnel.»

md0.libe.com-copie-1.pngLe DAL et Jeudi noir entendent lancer une campagne nationale avec des affiches «A réquisitionner» que pourront coller les citoyens sur les locaux vides à côté de chez eux.  «L’objectif n’est évidemment pas de viser les petits propriétaires mais ceux qui spéculent», souligne Jean-Baptiste Eyraud. Sauf qu'en pratique, sur le plan juridique, la réquisition des logements vacants n’est pas simple. Deux législations coexistent, une ordonnance de 1945 et une loi de 1998, qui rendent la pratique un peu compliquée.

Mais il n'y a pas que Paris. Le collectif « Un toit pour toutes et tous » organisait mardi soir un «sleep in» (action consistant à s'étendre au sol) pour obtenir «l'hébergement inconditionnel des personnes à la rue».

«Des dizaines de personnes dorment encore sur les trottoirs de Nantes, il s'agit d'en faire la démonstration», ont expliqué les organisateurs. Vers 19h30, une dizaine de matelas ont été étalés sur la place du Pont Morand, près de la préfecture. Les forces de l'ordre sont immédiatement intervenues pour s'emparer des matelas, qui ont été confisqués, afin d'empêcher le «sleep in».

Les politiques du logement menées ces dix dernières années par les gouvernements de droite ont été catastrophiques. L’offre de logement à loyer modéré est restée largement déficitaire au regard des besoins et le nombre de personnes mal logées et sans logis n’a cessé de croître. Seuls, les spéculateurs et les marchands de sommeil ont tiré profit des décisions gouvernementales.

Une rupture radicale avec les choix antérieurs aurait pu provoquer un changement significatif. Six mois après l’arrivée du gouvernement Hollande / Ayrault, nous ne pouvons que constater l’absence de volonté politique en ce domaine.

Confirmée par l’adoption récente du traité européen sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), l’austérité imposée par la majorité PS/EELV a des conséquences directes sur les politiques du logement et de l’hébergement. 

Depuis son arrivée aux affaires, la Ministre du Logement et de l’Egalité des Territoires a multiplié les annonces de portée très limitée. Une fois de plus, ses récentes propositions en matière d’hébergement sont insuffisantes. 

Le 20 septembre, le gouvernement annonçait un budget supplémentaire de 50 millions d'euros. Le 18 octobre dernier, la Ministre a indiqué une augmentation de 13%  du budget de l’hébergement d’urgence  pour l’année 2013 et la création de 5 000 places pérennes en cinq ans. Par ailleurs, elle a rappelé que 19 000 places seraient mobilisables durant la période hivernale.

Ces mesures ne permettront pas de répondre aux besoins. Les associations d’aide aux personnes mal logées estiment qu’il serait nécessaire de créer plus de 15 000 places pérennes. Par ailleurs, elles s’inquiètent, à raison, du devenir des 19 000 personnes qui seront hébergées au cours de l’hiver. En l’absence de propositions durables et adaptées, le plus grand nombre retournera à la rue dès la fin du plan hivernal.

Depuis plusieurs mois, les 115 sont submergés par les demandes d’hébergement. Actuellement, plus de 60% des demandeurs reçoivent une réponse négative. Au cours des dernières semaines, plus de 250 enfants et leurs familles ont dormi à la rue en Seine Saint-Denis. Cette incurie est inacceptable !

La loi a instauré le droit à l’hébergement. Dans son ordonnance du 10 février 2012, le Conseil d’Etat a confirmé ce droit et a rappelé que sa mise en œuvre incombait à l’Etat.

Nous exigeons donc que le gouvernement assume ses obligations sans délai et prenne toutes les dispositions nécessaires afin que toutes les personnes privées d’habitat, sans exclusive aucune, puissent bénéficier au plus vite d’une proposition d’hébergement comme le prévoient les articles L.345-1 et suivants du Code de l’Action Sociale et des Familles.

L’arrêt des expulsions locatives sans proposition de relogement constitue une autre priorité. Depuis plusieurs années, des municipalités de gauche ou écologistes ont pris des arrêtés anti-expulsions. Sur ordre des gouvernements de droite, les Préfets ont systématiquement attaqué ces décisions auprès des tribunaux administratifs.

Aujourd’hui, l’exemple courageux de ces communes doit être étendu à l’ensemble du territoire. L’arrêt des expulsions permettrait en effet d’éviter l’augmentation du nombre de ménages à la rue et les drames humains subséquents.

Le Front de Gauche réaffirme son soutien aux personnes mal-logées et aux associations de lutte contre le mal-logement et exige la mise en œuvre de mesures d’urgence :

* L’arrêt immédiat des expulsions locatives;

* Le respect de la loi relative au droit au logement opposable;

* L’application stricte du droit à l’hébergement;

* La réquisition des logements et locaux vacants;

* L’interdiction des coupures d’eau et d’énergie.

Info/Logement.

Publié dans Social-Economique

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