En réélisant OBAMA, les Américains ont sans doute échappé au pire.

Publié le par Section Pcf Vierzon

Envoyé spécial à Washington. Le résultat est serré mais indiscutable. Non seulement Barack Obama a remporté une large majorité de grands électeurs, mais il a aussi gagné le vote populaire avec un peu plus de 50 millions de voix et 50% contre 49% à Mitt Romney, 1% allant à des petits candidats (vert, libertarien etc).obama711.jpg

Au sein du camp démocrate c’était d’abord un immense soulagement qui était perceptible. « On a eu peur très peur d’un retour aux années Bush », lançait Andy O’Connor, un bénévole virginien de la campagne du président sortant qui évoquait avec nous quelques jours plus tôt la difficulté à mobiliser les électeurs démocrates, souvent désenchantés après l’immense élan de la victoire historique de 2008. Le président sortant n’a certes pas retrouvé tout son monde (il avait obtenu prés de 53% des voix il y a quatre ans) mais il a pu convaincre in extremis un nombre suffisant de ses électeurs de l’époque qui étaient tentés, cette fois, par l’abstention. 

Romney, lui, n’a pas réussi à se faire suffisamment rassurant. Ses accents très conciliants et « bipartisans » en fin de campagne ne lui ont pas permis d’effacer ses propres gaffes. Comme lorsqu’une caméra inopinément branchée le prend en flagrant délit alors qu’il traite d’assistés une bonne moitié de la population de son pays. Surtout les débordements de ses partisans les plus radicalisés ont fonctionné comme une formidable piqure de rappel pour les candidats à l’abstention du camp démocrate. Comme lorsque Richard Mourdock candidat républicain au sénat soutenu par les Tea Parties s’est lancé dans une diatribe anti-avortement jusqu’à le condamner y compris après un viol, « la vie, dit-il, étant un don de Dieu.» Et sans jamais renié ses propos par la suite malgré le tollé suscité dans une grande partie de l’opinion.

La mobilisation des femmes aura d’ailleurs été déterminante, si l’on en croit les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote. Comme celle des minorités africaines-américaines ou latinos qui, inquiètes des dérives ultra-droitières républicaines, ont réussi à surmonter leurs frustrations et à oublier les promesses non tenues du président sortant.

Sur le dossier de l’emploi qui constituait de très loin la préoccupation numéro un des électeurs, la démagogie libérale de Mitt Romney n’a pas eu non plus l’efficacité escomptée en dépit d’un déluge de publicités politiques. Le candidat républicain promettait la création de millions de postes contre de nouvelles baisses d’impôt et une « libération » des marchés. Romney, fondateur du fonds d’investissement Bain capital, est trop apparu comme l’homme de Wall street alors que l’expérience de la cupidité du monde de la finance reste cuisant pour beaucoup de citoyens.

Enfin Barack Obama a probablement bénéficié d’un effet ouragan qui lui a permis de se placer, à quelques jours du scrutin au dessus de la mêlée, d’apparaître dans son rôle de chef d’Etat sur le front des secours aux victimes alors que Romney était contraint de suspendre sa campagne.obama-sandy.jpg

Ce second mandat permettra-t-il à Barack Obama de disposer de davantage d’espace pour répondre enfin à ses promesses initiales ? Rien est moins sur. Car le programme économique et sociale du président sortant est empreint d’un très grand conformisme libéral. Et il devra compter sur un congrès où les républicains détiennent toujours la majorité à la chambre des représentants. Il a d’ailleurs fait la nuit dernière dans son discours de victoire depuis Chicago offre d’une politique consensuelle sur des réformes « dont tout l’Amérique a besoin » concernant l’emploi, l’immigration ou la santé.

Enfin en politique étrangère, il paraît bien révolu le temps où le président nouvellement élu de 2008 annonçait au monde que Washington allait privilégier désormais les accords politiques ou la négociation sur le recours à la guerre. Quand il y va de l’intérêt des États-Unis, a-t-il martelé, durant cette campagne, enfilant à satiété les habits du commandant en chef, il ne faut pas hésiter à user de la force, le recours massif à l’usage de drones avec son lot de victimes civiles au Pakistan, constituant l’un des axes de cet interventionnisme à la Obama. Il pourrait trouver, après la Libye, un nouveau développement compte tenu des garanties d’appui données par le président réélu à Israël de plus en plus volontaire pour une attaque sur l’Iran.

Par Bruno Odent.

Publié dans Dans la presse.

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