Et si le pouvoir se mettait à écouter aussi les salariés ?

Publié le par Section Pcf Vierzon

Pour tous les syndicalistes en lutte contre la casse industrielle, rassemblés aujourd’hui dans nos colonnes, l’État doit sortir de l’impuissance publique.  Alors que, chez PSA, une table ronde tripartite se tient cet après-midi, tous, forts de leurs propositions, interpellent de manière pressante le gouvernement en place. 

En France, on a du pétrole, de l’acier, des médicaments, des automobiles, de l’aluminium, bien d’autres choses encore. Et on a des idées ! Mais pour combien de temps encore ? Depuis des mois, pendant la campagne électorale et ensuite, avec l’arrivée de François Hollande au pouvoir, les syndicalistes et les salariés se battent pour sauver leurs emplois, certes, mais aussi défendre des secteurs absolument stratégiques pour le pays tout entier. De Florange à Aulnay, en passant par Montpellier, Petit-Couronne et Saint-Jean-de-Maurienne, ils dressent, bien sûr, un réquisitoire impitoyable contre la rapacité des multinationales, mais souvent ils plongent aussi les mains dans le cambouis de la gestion et élaborent des plans pour développer leurs activités. Aucun d’entre eux n’a oublié les promesses électorales – obligation de cession d’un site à un repreneur, encadrement des licenciements dans les entreprises qui font des profits, limitation au droit de la propriété pour permettre, par exemple, aux Fralib de poursuivre leur activité sous leur marque l’Éléphant, etc. –, mais, derrière les discours aux accents volontaristes, beaucoup ont le sentiment que les oreilles au sommet de l’État se tendent mieux quand les fumeux pigeons du patronat roucoulent contre une fiscalité "confiscatoire" que quand des salariés de l’industrie appellent le pouvoir et la politique au secours pour défendre l’intérêt général. Un paradoxe qui, au fil du temps, pourrait se muer en scandale. L’Humanité donne la parole à ces voix qui doivent compter aujourd’hui et demain.

«Ça me fait mal au bide de voir ça. » Lionel Burriello, trente-cinq ans, délégué du personnel CGT, enrage devant les deux hauts-fourneaux de Florange (Moselle). Condamné par ArcelorMittal, le groupe a laissé jusqu’au 1er décembre au gouvernement pour trouver un repreneur sur cette partie des installations. Comme tous à la CGT, Lionel ne croit pas en cette reprise partielle. « On espérait un nouveau souffle avec l’arrivée au pouvoir des socialistes, mais le gouvernement nous banane ! » Lire la suite  

La mesure de la tâche à accomplir se lit dans son regard. Philippe Julien le précise bien, il « n’attend » rien du gouvernement : « Attendre, ce n’est pas le mot : on va se bagarrer pour obliger le gouvernement à faire son boulot et à intervenir auprès de Peugeot pour les mettre autour de la table des négociations », insiste le dirigeant de la CGT à l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois. Entré en lutte depuis plus d’un an contre la fermeture du site de Seine-Saint-Denis et la suppression des 3 300 emplois qui vont avec, le syndicaliste a vu défiler les réunions dans les ministères, comme celle qui se tiendra cet après-midi à Bercy, « où chacun dit ce qu’il pense et tout le monde rentre tranquillement chez lui ». Ce qu’il appelle de ses vœux est tout autre : une réelle négociation pour faire reculer PSA sur le plan social, qui engage à la fois la direction et le gouvernement, bien loin de la consultation de façade qui s’annonce dans le cadre de la procédure du PSE, « où la voix des élus n’est que consultative et le patron décide de tout ». Lire la suite

À la mi-mars, devant une assemblée d’ouvriers de l’usine d’aluminium Rio Tinto Alcan de Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie), menacée par l’insatiable appétit des actionnaires (ils réclament une marge opérationnelle de 40 %), Arnaud Montebourg donne le meilleur de lui-même : « Nous allons au-devant d’une confrontation avec ces grands groupes financiers qui ne sont intéressés que par la rentabilité financière. Rio Tinto ne pourra pas fermer ce site car il s’exposerait à une sanction de la loi et à une reprise sous forme d’expropriation que nous ferons voter. » Six mois plus tard presque jour pour jour, à la mi-octobre, le projet de loi a été retiré de la circulation et la direction du groupe a annoncé officiellement aux représentants du personnel son intention de céder l’usine ou de la fermer. Devenu ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg « prend acte, fait-il savoir, du processus de recherche de repreneur initié par Rio Tinto Alcan ». Lire la suite

Sandrine Caristan est responsable de laboratoire sur le site de Sanofi Montpellier. À quarante-sept ans, elle en a passé vingt-six dans le groupe. « Aujourd’hui, je suis dans le pôle recherche et développement mais j’ai commencé en bas de l’échelle au laboratoire Choay (Seine-Maritime). Je n’avais alors que le bac en poche. » En 1991, Sanofi rachète le laboratoire et déjà elle se retrouve sous la menace d’un licenciement : « La seule solution c’était la mutation. » Après des cours du soir, elle décroche un DESS de pharmacie industrielle. Une belle ascension pour cette fille d’ouvrier. « Papa était tourneur sur métaux », glisse-t-elle. En 2000, une énième fusion laisse place au dégoût : « C’est là que tout a commencé. Je peux dire que j’ai été fière de travailler pour Sanofi jusqu’à cette date. » Huit ans plus tard, place à la lutte. Elle intègre la CGT (« J’ai ouvert les yeux et compris ce qui se passait ») et est maintenant déléguée syndicale. « Mais je n’ai pas fait tant d’études pour aller manifester dans la rue. Ce n’est pas notre métier ! » Pour elle, c’est un vrai gâchis car tous ces chercheurs seraient bien plus utiles derrière leurs paillasses. Dorénavant, la balle est dans le camp du gouvernement : « On n’attend pas de l’aide mais des choses rapides car c’est maintenant qu’on a besoin d’eux ! » Lire la suite

Les téléphones sonnent encore. Plus que jamais, même. Pas morts, les Petroplus  ! Nicolas Vincent, sept ans d’ancienneté à la raffinerie, et Yvon Scornet, trente-huit ans de boutique, décrochent, en bougonnant parfois – pas moyen d’être tranquilles cinq minutes. Et quand la conversation vire à l’anglais, le plus jeune des deux prend, car il fait mieux que baragouiner. Puis il revient et glisse à son aîné : « On va avoir de la visite ! »
Yvon, interloqué : « Tout de suite ? »
Nicolas, blasé : « Non, non, ils prennent leur vol, là. Demain, je crois… »
Les affaires ont repris, des candidats sont toujours sur les rangs, rien n’est fini, toute la reprise est à faire, la lutte continue de plus belle jusqu’au 5 novembre, date butoir fixée pour les ultimes offres. Les syndicalistes reçoivent à la fois les dossiers des repreneurs et les CV des candidats pour les 80 postes à pourvoir en cas de relance. « On a demandé un droit de regard sur les embauches, racontent-ils en chœur. Maintenant, on sait mieux que quiconque ce dont la boîte a besoin pour tourner. On voit mal comment une petite direction locale pourrait demain nous reprendre des prérogatives qui auront, on l’espère, sauvé la raffinerie… » Lire la suite

Thomas Lemahieu, Loan Nguyen, Nicolas Sené, Cécile Rousseau, journalistes à l'Humanité.

Publié dans Social-Economique

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