L’enfer des pauvres et le paradis des riches,(2)

Publié le par Section Pcf Vierzon

Qui aurait pu croire au milieu des années 1970 – 1980 qu’en 2012 le gouvernement de la France devrait organiser une conférence sociale contre la pauvreté ? Ceux qui comme nous, parfois à l’époque, se sont risqués à le dire, à envisager une crise profonde à venir, ont été affublés de tous les sobriquets.

Pourtant une telle conférence a eu lieu sous la présidence du Premier ministre, mercredi 12 décembre dernier. En effet, notre belle France, classée cinquième puissance mondiale, compte désormais selon les chiffres officiels huit millions de personnes qui doivent vivre, ou plutôt survivre avec moins de 964 euros par mois.

Survivre, car sur une telle somme, quand on a payé l’eau, le gaz, l’électricité, remboursé le prêt pour payer la voiture ou fait le plein d’essence pour les courses, il ne reste plus grand-chose pour remplir le réfrigérateur. A tel point que dans notre pays, comme dans toute l’Europe, il existe de plus en plus de travailleurs salariés, agriculteurs, retraités, pauvres. Il existe maintenant des centaines de milliers de personnes, dont des enfants qui dorment dans la rue.

C’est précisément ce mercredi 12 décembre que se sont violemment entrechoqués ces chiffres de l’extension des territoires de la pauvreté, avec ceux de la montée vertigineuse de la rémunération des grands patrons, des grandes entreprises cotées en Bourse.

Celles et ceux qui sont allocataires du Revenu de solidarité active auront une augmentation de 48 euros d’ici cinq ans. Quand en moyenne, l’un de ces grands patrons aura eu une augmentation de 176 000 euros pour cette seule année 2012. Dit autrement, un allocataire du RSA ne peut toucher l’équivalent de la seule partie de la hausse du salaire du richissime grand patron qu’au bout de vingt ans. Oui, la seule partie de la hausse dont il aura bénéficié cette année, car si on compare avec son salaire, c’est encore autre chose.

Si on retient la moyenne des rémunérations de ces messieurs, c’est-à-dire quatre millions et demi d’euros, il faut à un travailleur payé au SMIC, 240 années. Monsieur le PDG de l’Oréal gagne 7 700 000 euros par an, quand celui de Renault gagne 13 300 000 euros dans son année. Voilà l’insupportable choc. Voilà l’abîme que creuse chaque jour la violence des vagues de l’économie capitaliste dans les falaises de l’humanité.

Les mêmes évidemment répètent et font répéter que nous vivons au dessus de nos moyens, que notre économie et notre travail ne sont pas « compétitifs », qu’il y a trop d’emplois et tout le catéchisme de l’orthodoxie ultralibérale. Il y a entre cette morgue des puissants et la détresse du plus grand nombre un abîme insupportable qu’un gouvernement de gauche devrait s’attacher à réduire. Or, il ne le fait pas.

Nous ne faisons pas la fine bouche sur les mesures annoncées par le Premier ministre. Et nous ne rejoindrons pas la cohorte des éditorialistes de la bien bien-pensance réactionnaire et des forces politiques qui, une nouvelle fois, ont relancé cet insupportable thème des prétendus « assistés ». D’ailleurs, à cause d’une aussi incompréhensible qu’insupportable bureaucratie, 68% des allocataires potentiels du RSA ne le réclament même pas.

Mais franchement, quand le pouvoir vient d’annoncer qu’il abaissera encore les impôts des sociétés de vingt milliards et qu’il ne trouve que deux milliards et demi dans le combat contre la pauvreté, on ne peut qualifier cette politique de « justice ». C’est précisément parce qu’on abaisse depuis des décennies la participation des sociétés et du capital à la marche de la société, au bien commun, que nous en sommes là. « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches » a dit Victor Hugo. Ceci reste vrai.

La revalorisation du RSA ou l’extension de la CMU constituent un pas en avant minimal, mais très en deçà des besoins des populations touchées par le fléau indigne de notre siècle qu’est la pauvreté. Ajoutons que l’on ne connaît rien de la pérennité d’un plan dont les modalités de financement n’ont pas été précisées. Et pour cause ! Le pouvoir s’est lui-même volontairement placé sous la tutelle du traité d’austérité budgétaire et donc de la diminution des crédits publics à ceux qui en ont prioritairement besoin.

En même temps, on apprend que le salaire minimum ne sera pas augmenté en janvier, que les retraités vont être encore plus ponctionnés, que les éleveurs voient une nouvelle fois leurs revenus diminuer sans compensation.

C’est d’une cohérence nouvelle dont ont besoin le pays et les familles populaires. La meilleure façon de faire reculer la pauvreté est de la supprimer en créant les conditions d’un travail pour chacune et chacun, une augmentation des rémunérations du travail et des retraités, un avenir pour les jeunes. Cela passe par une nouvelle répartition des richesses. C’est vers cela que devrait s’engager le gouvernement. Ce serait respecter les idéaux progressistes et de la gauche.

EnteteLaTerre

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