«Le patronat n'a qu'à lever le petit doigt pour être entendu»

Publié le par Section Pcf Vierzon

md0.libe.com.pngOlivier Dartigolles, porte-parole du Parti communiste (photo DR), réagit à l’appel des grands patrons de l’Afep paru dans le Journal du Dimanche et à l'accueil que lui a réservé le gouvernement.

Comment avez-vous reçu cet appel ?

Le patronat est le premier parti de droite. Et un parti en campagne, à l'offensive pour exiger un «choc» de compétitivité. Quand Jérôme Cahuzac [le ministre du Budget, ndlr] leur dit ce matin avoir déjà tenu compte de leurs propositions dans le budget 2013, je me dis que le patronat fait plus que marquer des points. L'affaire des pigeons avait déjà été un exemple d'un recul du gouvernement. On a un peu le sentiment que les patrons placent où bon leur semble le curseur de la discussion politique...

A l'inverse, le Front de gauche ne semble pas avoir l'oreille du gouvernement...

Il est quand même étonnant de constater qu'il suffit aux Pigeons de montrer un bout d'aile pour avoir gain de cause, sans que ça stoppe pour autant la surenchère du patronat. Cahuzac et Moscovici [le ministre de l'Economie et des Finances, ndlr] donnent le sentiment d'être prioritairement à l'écoute des grands patrons sans regarder sur leur gauche les propositions du Front de gauche. Nos députés ont déposé pas moins de 40 amendements budgétaires et aucun n'a été retenu ou même discuté. Avec nos quatre millions de voix, nous avons pourtant davantage contribué que le patronat à la défaite de Nicolas Sarkozy. Il est navrant que la seule discussion entre Cahuzac et le groupe Front de gauche à l'Assemblée date du 10 septembre, il y a là une morgue regrettable alors que nos propositions sont le fruit d'un travail avec les organisations syndicales et les salariés en lutte un peu partout en France. 

Allez-vous jusqu'à parler d'un mépris de l'exécutif à votre égard ?

Oui, il y a un mépris de tout ce qui peut venir de chez nous. Et ce mépris est d'autant plus choquant que le patronat n'a qu'à lever le petit doigt pour être entendu. On dirait que le gouvernement s'est presque fixé comme priorité de devancer ses demandes.

Ne vous manque-t-il pas un mouvement social national pour rééquilibrer le rapport de force avec le patronat ?

Attention à ne pas passer à côté de la réalité qu'on ne voit pas à la télévision. Il y a beaucoup de combativité à l'échelle des territoires, autour de sites qui ferment ou qui sont menacés. Le gouvernement devrait davantage se tourner vers les propositions qui remontent de ces lieux de lutte, plutôt que d'être uniquement à l'écoute de patrons ayant un portefeuille à la place du coeur. Cahuzac et Moscovici oublient qu'ils ne seraient pas ministres sans l'appel du Front de gauche à voter pour François Hollande au deuxième tour.  

La petit musique d'Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, vous convient-elle ?

Montebourg a posé avec une marinière parce qu’il est en train de passer à la lessiveuse. Comme disait Jaurès: «N'ayant pas la force d'agir, ils dissertent.»


Par JONATHAN BOUCHET-PETERSEN "Libèration"

Publié dans Dans la presse.

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