«Le rouge fait complètement partie du drapeau tricolore»

Publié le par Section Pcf Vierzon

Maryse Dumas, conseillère confédérale de la CGT, répond pour l'Humanité aux charges répétées du président candidat Nicolas Sarkozy en quête des voix du Front national, à l'encontre du drapeau rouge et, plus globalement, à l'encontre des syndicats et de la CGT en particulier.

Le 1er mai, Nicolas Sarkozy invitait les syndicats à poser "le drapeau rouge et à servir la France". Nouvelle charge le lendemain lors du débat de l'entre-deux-tours avec François Hollande, où il critique la CGT et les "drapeaux rouges, avec la faucille et le marteau". Pour le président sortant, l'emblème des luttes sociales et politiques passées et actuelles est un argument de poids pour se rallier les voix du Front national. Pour Maryse Dumas, conseillère confédérale de la CGT, « si l’intérêt de la France est celui de sa population, les revendications syndicales sont un atout ».

Sarkozy a invité à poser le drapeau rouge pour servir la France, y a-t-il une contradiction entre le drapeau rouge et le drapeau tricolore ?

Maryse Dumas. C’est ce qu’il voudrait faire croire mais, précisément, 
le rouge fait complètement partie 
du drapeau tricolore. 
La République française elle-même n’existe qu’en rapport avec les mouvements révolutionnaires. Les insurrections pour empêcher les dirigeants politiques de céder devant des menaces d’invasion se sont toujours menées du côté des forces populaires. C’est au moment où il est question de livrer les canons aux Prussiens que le peuple de Paris se révolte et déclenche le mouvement de la Commune. Un éminent intellectuel de droite, François Mauriac, estime, à propos de la Résistance, que « seule la classe ouvrière est restée, dans sa masse, fidèle à la patrie profanée ». Il serait bon que le président de la République s’en souvienne. D’autant que l’un de ses premiers actes en 2007 a été de faire lire la lettre de Guy Môquet dans les écoles. Or celui-ci se revendiquait du rouge du drapeau sans l’opposer au drapeau tricolore, bien au contraire.

La conception des intérêts 
de la patrie est-elle univoque?

Maryse Dumas. Avoir le sens de la patrie aujourd’hui, c’est défendre l’industrie, les services publics, la capacité de la France de permettre à toute sa population de vivre et de travailler dans une démocratie cohérente porteuse du bien vivre ensemble. Cette conception s’oppose aux politiques libérales qui conduisent à une mondialisation au service unique des intérêts 
des actionnaires et du capital 
et qui méprisent les hommes et les femmes, leur identité, leur histoire, leur humanité, pour en faire 
de simples facteurs de production.

Selon vous, les propos récents 
de Nicolas Sarkozy s’inscrivent-ils dans une tentative de captation 
de l’histoire?

Maryse Dumas. Il est étonnant de le voir reprendre le flambeau d’une pseudo-identité nationale dont il n’a aucune fierté. Il faut tout faire pour lui éviter un deuxième mandat parce qu’il ne suffit pas de se revendiquer d’un héritage pour le faire vivre. Qu’est-ce que le modèle social de la France si ce n’est les acquis des luttes antérieures ? La Sécurité sociale, les retraites, l’assurance chômage, 
les conventions collectives… 
De tous côtés, se trouve la trace 
des luttes, des rapports de forces 
et de l’imprégnation de l’action syndicale, même si elle n’est pas exclusive. Or, en se présentant comme l’héritier de ce que la France a de meilleur, Nicolas Sarkozy 
veut en fait le détruire.

Le candidat de l’UMP reproche aussi aux syndicats de se mêler de politique. Est-ce une nouveauté? Sont-ils hors de leur rôle?

Maryse Dumas. Ce qui est nouveau, plus que l’attitude de la CGT, c’est le niveau de l’agression que le président sortant fait subir à notre pays, aussi bien dans le domaine économique et social qu’avec une stratégie du tous contre tous. Or, le maître mot du syndicalisme, c’est la solidarité, les prises de position 
de la CGT sont donc à la hauteur de l’agression. D’autre part, le passage en force de la réforme des retraites, malgré des mobilisations puissantes, montre comment il conçoit son action politique. Il voudrait des syndicats à sa botte qui serviraient de faire-valoir à ses orientations. Il ne supporte pas leur indépendance d’analyse, d’intervention, d’action. Sa hargne est un hommage du vice à la vertu. C’est la démonstration que, pendant ce mandat, les salariés ont su résister et garder confiance dans la force qu’ils représentent. Quel que soit le prochain gouvernement, y compris dans le cas d’une élection d’un président de gauche, les organisations syndicales devront faire entendre les revendications des salariés, en toute indépendance. C’est précisément du fait de cette indépendance que, très souvent, 
les syndicats sont critiqués par 
les dirigeants politiques. Mais c’est la preuve qu’ils jouent leur rôle.

Les revendications sociales menacent-elles la position de la France dans la mondialisation?

Maryse Dumas. Les revendications syndicales heurtent les politiques libérales nationales et internationales. Si, comme le président de la République, on pense que l’intérêt de la France se confond avec l’intérêt de la finance internationale, alors, évidemment, on peut penser que les syndicats jouent contre l’intérêt de la France. Mais si on considère que l’intérêt de la France correspond à celui de sa population et à un développement réciproque de tous les pays permettant l’accès au progrès social et à l’émancipation, alors les revendications syndicales sont un atout.

BLOG/Journal L'Humanité.

 

Publié dans ACTUALITEE

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