Les législatives, une victoire pour le FN ? Non, et pour plusieurs raisons.

Publié le par Section Pcf Vierzon

Au soir de sa défaite à Hénin-Beaumont, Marine le Pen, loin de s'émouvoir, se félicitait de la victoire de sa nièce Marion Maréchal-Le Pen et de l'avocat Gilbert Collard. Mais pour notre contributeur, ces élections sont loin d'être un triomphe pour le Front national.

C'est avec une mine radieuse et un air enjoué que Marine Le Pen a annoncé dimanche soir sa défaite au second tour des élections législatives dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais.

Avec 49,89% des suffrages exprimés, elle s'est inclinée face au socialiste Philippe Kemel dans un territoire où elle est solidement implantée depuis cinq ans. Mais, malgré la défaite, la présidente du Front national a préféré se féliciter de l'élection de sa nièce Marion Maréchal-Le Pen dans le Vaucluse et de Gilbert Collard dans le Gard, et tenu à réaffirmer que "la recomposition de la vie politique française est en marche". Pourtant, derrière les faux-semblants d'un discours victorieux, le Front national peut-il vraiment considérer ces élections législatives comme un succès ? Ou Marine Le Pen ne fait-elle que transformer de la boue en or ?

Une défaite personnelle pour Marine Le Pen:

En premier lieu, Marine Le Pen a beau se satisfaire de cette courte défaite (118 voix d'écart), il n'empêche qu'elle n'a pas réussi à être élue députée dans une circonscription où elle a fait les efforts nécessaires depuis cinq ans pour s'implanter solidement, grâce au travail de terrain fourni par son acolyte Steeve Briois.

Candidate aux législatives en 2007 à Hénin-Beaumont, aux européennes 2009 dans la circonscription Nord-Ouest, puis aux régionales 2010 dans le Nord-Pas-de-Calais, Marine Le Pen a donc tout fait depuis 2007 pour s'arroger le nord de la France et en faire son bastion.

C'est pourtant dans ce terrain conquis qu'elle échoue.

Cette circonscription d'Hénin-Beaumont était d'ailleurs un terrain de chasse idéal pour le Front national, trois ans à peine, seulement, après la mise en examen de Gérard Dalongeville, le maire de la ville qui a creusé un déficit abyssal et qui doit répondre d'accusations de détournement de fonds publics, de faux en écriture et de favoritisme dans une affaire de fausses factures. En faisant de la gestion désastreuse des socialistes un cheval de bataille, Marine Le Pen comptait surfer sur le choc des héninois suite à la mise sous les verrous de leur maire pour que le discours du FN contre l'"establishment" trouve un échos favorable.

Or, c'est contre un socialiste qu'elle a échoué dimanche, trois ans après avoir échoué une première fois aux élections municipales partielles d'Hénin Beaumont, battue par la liste de Daniel Duquenne. Marine Le Pen n'est donc pas parvenue à être élue dans un territoire où les circonstances ne pouvaient lui être plus favorables.

En 1995, à Vitrolles, commune de Provence où le maire Jean-Jacques Anglade avait également été mis en examen, les époux Mégret n'avaient pas eu besoin de fournir tant d'effort pour l'emporter. Marine Le Pen, elle, en dépit des moyens déployés, n'a donc toujours pas réussi à reproduire le schéma victorieux de Vitrolles, cinq ans après son parachutage.

Pas d'élan présidentiel victorieux:

L'élection au Palais Bourbon de Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen cache une réalité bien terne pour le Front national. En premier lieu, ces deux candidats n'ont été élus qu'à la faveur d'une élection triangulaire où il ne leur était pas nécessaire de franchir la "digue" des 50%. Le score national du premier tour n'est d'ailleurs pas extraordinaire (13,60%) et constitue une baisse de l'ordre de 24% par rapport au score présidentiel de Marine Le Pen et même de 9% par rapport aux élections législatives de 1997. De plus, le Front National n'a réussi à se maintenir que dans 61 circonscriptions, c'est à dire bien moins qu'en 1997 (133) et même qu'en 1993 (101).

En outre, dans les circonscriptions où Marine Le Pen avait obtenu ses meilleurs scores aux élections présidentielles, les candidats frontistes n'ont pas su transformer l'essai. Dans la 3e circonscritpion de l'Ainse, où, avec 27,86% elle avait réalisé un de ses meilleurs scores au niveau national, le candidat FN ancien chevènementiste Bertrand Dutheil de La Rochère a été balayé dès le premier tour et devancé largement par le candidat de l'UMP (32,04% contre 16,3% soit le double).

Même constat dans la 5e circonscription de la Somme où Marine Le Pen avait réuni 26,95% des suffrages exprimés et où un de ses proches, l'avocat Wallerand de Saint-Just n'a pas réussi à se hisser au second tour avec seulement 14,08% des suffrages. 30 points de moins que le député sortant étiqueté Nouveau Centre. Autre cas, même constat puisque dans la 2e circonscription de la Haute-Marne, Paul-Marie Couteaux (19%), a fait bien moins qu'aux présidentielles (28,98%). 

Le FN ne fait pas s'effondrer la droite:

Au soir du premier tour des élections présidentielles qui l'avait éliminé, Marine Le Pen avait affirmé que "rien ne serait plus jamais comme avant", que l'UMP était un "parti considérablement affaibli" et avait appelé "au commencement d'un vaste rassemblement des patriotes de droite". Il serait certes mal aisé de tirer des conclusions hâtives et nul ne sait ce qui adviendra durant le quinquennat qui s'ouvre, mais il n'empêche que Marine Le Pen n'est pas parvenue pour le moment à faire imploser l'UMP. Elle n'a pas non plus réussi à rallier l'aile droitière de l'ex-parti majoritaire à son Rassemblement Bleu Marine concocté pour les législatives.

Et si la guerre des chefs se profile à l'UMP, l'unité" a constitué un tel leitmotiv durant la campagne législative que l'implosion ne semble pas être d'actualité.

Enfin, les députés de la "droite populaire", ce courant de parlementaires UMP apôtres du "ni-ni" et du ratissage électoral sur les terres du Front national ont été balayé au cours des élections législatives (seuls 19 des 43 élus de ce courant ont conservé leur siège, soit moins de la moitié). Le FN n'a pas su profiter de cette hécatombe. Le regroupement de la "droite patriote et nationale" autour de Marine Le Pen n'a pas eu lieu et c'est souvent les socialistes qui ont tiré leur épingle du jeu.

Chez Christian Vanneste, dans le Nord (13,11% au premier tour), le candidat FN Jean Richard Sulzer n'a ainsi pas même été en mesure de se maintenir au second tour et c'est le candidat UMP qui l'a emporté. Idem en Isère, chez Jacques Remiller, où le FN n'a fait que 19% et où c'est le PS qui l'a emporté. Enfin, au Rancy, Éric Raoult a été balayé par le PS Pascal Popelin au second tour, alors que la candidate Gisèle Metay n'avait rassemblé que 16% des suffrages au premier tour. Même scénario pour Brigitte Bareges dans le Tarn où le FN n'a fait que 14% au premier tour. 

En somme, malgré le discours triomphaliste de Marine Le Pen, ces élections législatives sont loin d'être une victoire éclatante pour le FN qui n'a obtenu que deux élus, et ce grâce à des triangulaires.

Au final, la présidente du Front National essuie un revers personnel à Hénin-Beaumont et n'est parvenue à se hisser que dans un nombre très réduit de circonscriptions. De plus, les candidats frontistes n'ont pas confirmé les très bonnes performances de la présidentielle, notamment dans l'Aisne et dans la Somme. Enfin, la droite n'a pas implosé au profit du Rassemblement Bleu Marine et si la droite populaire essuie des revers cuisants, ce n'est pas le FN qui a su en tirer profit en opérant comme voulu un rassemblement de l'électorat national.

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Publié dans Dans la presse.

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