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Offensive idéologique ! (Première partie)

Publié le par Section Pcf Vierzon

Je le sais, ce billet sera consacré à un sujet qui n’est pas directement au cœur de l’actualité politique et sociale. D’avance, je demande à tous ceux que cela irrite de m’en excuser, ou d’aller lire ailleurs. Mais, je rappelle que ce blog est pour moi, depuis sa création en 2008, un espace de liberté où je peux m’exprimer à haute voix sans contrainte, sous la seule dictée de mes vagabondages intellectuels. Il n’est pas l’organe central d’un collectif politique. Fichtre non. Il n’a surtout pas pour fonction de faire doublon avec l’excellent site de mon parti le Parti de Gauche (cliquez ici) ni bien sûr de faire concurrence avec le rayonnement de celui de Jean-Luc Mélenchon, qui reste pour moi un modèle.

FRANCE-COMPETITIVENESS/Bon. Cette précision étant faite, l’actualité politique d’hier était à la réaction au rapport de Louis Gallois qui fait une nouvelle fois tourner les crécelles du prêchi prêcha pro patronal en réclamant que ces derniers payent moins d’impôts et moins de cotisations sociales pour leurs salariés ce qui revient tout simplement à faire baisser leurs salaires différés. Celle d’aujourd’hui devrait être dans l’indignation face à l’attitude du gouvernement PS qui augmente la TVA (cf. réaction officielle du PG).  Inacceptable ! Une longue série d’arnaques de hautes volées directement préparées, non sans finesse, par l’offensive idéologique engagée par le patronat depuis quelques semaines. Les gros malins savent ce qu’ils font. Ce qui est à pleurer, c’est l’indigence des responsables socialistes et du gouvernement qui se laissent marcher dessus sans rétorquer.

Les patrons font de la politique, donc de l’idéologie et vice versa. Ils savent qu’il n’est pas de victoire politique qui n’est pas précédée d’abord de victoire idéologique, comme nous l’a enseigné le grand Antonio Gramsci.

photo-prise-le-06-mars-1987-a-puteaux-de-patrick-buisson-a-l_171630.jpgNous voilà au cœur de mon sujet. D’autres offensives idéologiques menées par l’adversaire sont actuellement en cours. Sachons les repérer pour mieux les stopper. Sans quoi, les petites capitulations d’aujourd’hui préparent les grandes défaites de demain. C’est d’autant plus important qu’aujourd’hui, en raison de la crise, les rythmes de la politique s’accélèrent. Je vais donc à l’essentiel. Bousculée par la défaite de Sarkozy mais alléchée par la faiblesse du gouvernement Hollande / Ayrault, pour retrouver le pouvoir, une partie significative de la droite a compris qu’il lui faudra à l’avenir faire alliance avec l’extrême droite, c'est-à-dire le Front national. C’est le vieux projet « d’Union de toutes les droites » cher à des hommes comme Patrick Buisson qui fut le principal conseiller de Nicolas Sarkozy durant la dernière campagne présidentielle. Pour Patrick Buisson, l’extrême droite est une des familles de la droite qu’il convient de réintégrer dans un arc de force à vocation majoritaire. C’est d’autant plus évident pour lui que les thèmes forts portés par l’extrême droite, la lutte contre l’immigration et le rejet de l’égalité républicaine, lui sont particulièrement chers. Avant de préparer l’alliance entre formations politiques, projet certes trop prématuré à ce stade, il importe de créer le cadre idéologique futur dans lequel cette alliance est possible. Cela nécessite du doigté car l’ouvrage est difficile à mener à bien. Il vient buter sur un os de taille : durant la seconde guerre mondiale l’extrême droite a collaboré avec les nazis et a été le fer de lance du discours antisémite qui eut les conséquences criminelles que l’on sait : le meurtre de 5 millions de juifs d’Europe. Pour aller vers « l’union de toutes les droites », il faut estomper la responsabilité de l’extrême droite dans le génocide des juifs, il faut la minimiser, la relativiser pour demain l’effacer.


Pour cela, l’offensive idéologique de ceux qui, comme Patrick Buisson, veulent rapprocher « toutes » les droites, c'est-à-dire droite et extrême droite,  avance sur deux pieds. Premièrement, elle martèle que l’extrême droite de 2012 n’est plus antisémite et assure que cette obsession raciste n’est désormais plus portée que par les islamistes radicaux. Marine Le Pen est la principale « créature » de ce discours. Toutes ses paroles sont au diapason de cette musique. Devant elle, nombre de médias roucoulent et s’émerveillent. Ils clament soir et matin que « le Fn a changé ». afin de préparer les esprits à de nouvelles alliances dans lequel il aurait sa place. Quand la réalité est différente de cette logorrhée, on la change ou on la cache. Ainsi, 2012-10-23-gollnisch-budapest.jpgquand le dirigeant FN Bruno Gollnish va participer en Hongrie le 23 octobre dernier à un meeting du parti Jobbik cela n’indigne pas la presse française, car cela ne correspond pas au nouveau schéma pré-mâché par la droite « buissonnière » dont Jean-François Copé est le porte-parole le plus pur à l’UMP. Pourtant au cours d’une manifestation au début de laquelle M. Gollnish s’est exprimé sous les applaudissements, des insultes antisémites ont été prononcées contre une synagogue. Aucun esprit sérieux ne doit être étonné, le Parti Jobbik est coutumier depuis des années des provocations et allusions antisémites. Un dirigeant historique du FN, membre actuel de son Bureau politique, participe à un meeting de ce parti, mais cela n’indigne quasiment plus personne en France. Pourtant, plutôt que les grossiers délires anti islam, visant à lui faire supporter tous les maux de notre société, sommant chacun de nos concitoyens musulmans à se justifier s’il est antisémite ou non, bref plutôt que ce matraquage malsain qui fait honteusement la une de plusieurs hebdomadaires français, il y avait là un sujet également préoccupant : dans un pays membre de l’Union européenne, au coeur de l’Europe, un parti antisémite et raciste pourrait demain exercer le pouvoir. Mais, en 2012 l’antisémitisme d’extrême droite semble désormais tombé dans un angle mort médiatique. Vous pensez que j’exagère ? Détrompez-vous. Savez-vous qu’il existe un hebdomadaire que l’on peut acheter tranquillement en kiosque et dans lequel la parole antisémite, raciste et homophobe, est toujours bien accueillie ? Il se nomme Rivarol et son existence, depuis plusieurs décennies, ne semble gêner personne (et je préfère ne pas m’étendre sur l’existence du quotidien Présent qui navigue dans les mêmes eaux idéologiques). Par contre, pour faire sensation, on traque l’antisémitisme dans les banlieues, non sans raison parfois, mais avec un sensationnalisme qui n’a rien d’innocent. Ceux qui agissent ainsi matraquent une idée : antisémitisme = islam.

 

Paris-Celine-PatrickBuisson-archyves.jpgLa deuxième jambe sur laquelle avance cette offensive idéologique est la suivante : l’antisémitisme des années 30 n’était pas si repoussant, il était une fantaisie stylistique à replacer dans le contexte, et d’ailleurs, pour l’essentiel, il venait de la gauche. Plus ces idées pénètreront dans les esprits, plus il sera possible demain de réunifier ce qui, dans leur esprit, n’aurait jamais du être divisé, à savoir la droite et l’extrême droite. Ceux qui défendent cette thèse souhaitent réhabiliter quelques grandes figures intellectuelles de l’époque qui ont sombré dans l’antisémitisme. Des écrivains antisémites comme Robert Brasillach ou Drieu la Rochelle  remontent à la surface médiatique. Et c’est là que le récent livre « Paris Céline » écrit par Patrick Buisson avec le soutien actif de Lorant Deutsch prend toute sa place. Vous savez sans doute déjà ce que je pense de ce dernier, et notamment son piteux Métronome. Il est à l’histoire ce que les frères Igor et Grichka Bogdanov sont à la science. Ou encore, pour le dire autrement, il est le Paul-Loup Sulitzer de la littérature historique.

 

album-le-pen.jpgPatrick Buisson est fait d'un bois beaucoup plus solide. Cela le rend plus dangereux. C’est un homme structuré intellectuellement qui sait où il va : pour lui, l’extrême droite est une composante de la droite. A ses yeux, elle est même sans doute la plus féconde. Mais, l'homme est lucide, il sait bien qu’il sent le souffre dans le grand public. Difficile d’être sympathique dans les profondeurs du peuple français quand on a par exemple rédigé il y a 30 ans un « Album Le Pen » trop flagorneur envers le chef historique du Fn. La biographie de Buisson est connue, je n’insiste pas. Aussi, afin de diffuser largement ses théories, faire association avec Deutsch est une aubaine. Si l’ancien conseiller de Sarkozy avait signé seul ce livre habile mais malsain, qui est une véritable réabilitation de l'antisémite Louis-Ferdinand Céline, alors qu’il en est pourtant l’unique auteur, il n’aurait pas le même impact sur le futur lecteur. Il le dit d’ailleurs dans Le Monde 2 avec admiration vis-à-vis de l’auteur du Métronome : « Un doctorant, après cinq ans de travail, aligne péniblement cinq cents lecteurs, ce chenapan vend des millions dès son coup d'essai ». Bingo ! Un homme qui vend des ouvrages à près de deux millions d’exemplaires, pour mieux faire passer les idées de Patrick Buisson, qui dit mieux ? Personne. Grâce à Deutsch, une des plus belles ordures de la moitié du 20e siècle devient presque sympathique. Seul un type à l'érudition aussi brouillonne intellectuellement et aussi ambigüe politiquement que Deustch pouvait accepter. Et puis, nul doute que l’ancien rédacteur en chef de Minute a dû jeter un œil dans le Métronome et il a dû noter que quand Lorant Deutsch évoque la manifestation des ligues fascistes du 6 février 1934, il y utilise les termes de « droite extrême » et de « toutes les droites », ce qui convient parfaitement à son vocabulaire.

 

Grand publicMais, pour l’heure, je n’en dis pas plus. La première partie de ce billet s’arrête là. Dans deux jours je publierai la suite qui sera consacrée exclusivement à mettre à nu le contenu idéologique de ce « Paris Céline ». Mais avant de parler du texte, j’ai voulu d’abord décrire le contexte.Jeudi soir, sur France 2 à 23h15, dans l’émission « Grand public » je serai également interrogé quelques minutes sur ce livre néfaste. J’ignore ce qu’ils ont gardé du long entretien que j’ai eu avec les journalistes de ce magazine culturel, mais je doute que MM. Buisson et Deutsch apprécient mon opinion...

 

A bientôt donc pour la deuxième partie de ce billet. Restez fidèle, vous ne serez pas déçu.


BLOG/Ami.

Publié dans Aide mémoire

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