Violences en Corse : «Il nous faut aller aux racines du mal»

Publié le par Section Pcf Vierzon

dominique_bucchini1.jpgPour le président de l’Assemblée de Corse, Dominique Bucchini (PCF), la dérive mafieuse de l’île ne peut se comprendre sans tenir compte des difficultés sociales de la région.

Comment réagissent les élus régionaux corses à l’assassinat d’Antoine Sollacaro, hier matin à Ajaccio ?

Dominique Bucchini : On ne fait aucune différence entre les morts, mais si on tue un avocat, on tue quelqu’un qui a pour mission de défendre les droits de l’homme, un représentant de la justice. On tue la République. Il y a à juste titre une forte commotion dans le peuple corse.

Ce quinzième meurtre en Corse depuis le début de l’année  est-il un symptôme de la « mafiosisation » que vous dénonciez dans l’Humanité du 18 septembre dernier ?

On dit : « c’est une escalade ». Non, c’est permanent en Corse. Lorsque nous avons été reçus (les présidents de région, NDLR) par le président de la République le 17 septembre, je lui ait dit qu’il était temps de faire quelque chose. Le gouvernement s’était déplacé à Marseille, mais au prorata de la population, la criminalisation de la société corse est beaucoup plus importante que celle des Bouches-du-Rhône : nous sommes la région la plus criminogène d’Europe !  Le gouvernement ne peut pas rester l’arme au pied.

Après cette réunion à l’Elysée, vous demandiez au ministre de l’Intérieur de « venir rapidement en Corse et rassurer la population ».

Mais pas pour donner un coup de menton, comme bon nombre de ses prédécesseurs l’ont fait, puis attendre que les évènements passent. Ni pour créer une zone spéciale qui nous détacherait dix gendarmes en plus, comme on l’a fait ailleurs : au kilomètre carré, on est champions de France de la présence policière et gendarmesque. Ce serait plutôt pour définir sur dix, quinze ou vingt ans les voies et les moyens d’une politique nouvelle à l’endroit d’un territoire qui souffre. La criminalité relève des compétences régaliennes de l’Etat, ce n’est pas à la collectivité territoriale de le régler.

La Ligue des Droits de l’homme, à laquelle l’avocat assassiné appartenait, estime qu’il faut « se tourner vers la société corse (car) l’exercice de la citoyenneté n’est pas de la seule responsabilité de l’Etat. »

C’est pourquoi nous proposons un sursaut collectif. Pour mettre les gens en mouvement, il faut les sensibiliser. Il faudrait se mettre autour d’une table avec d’autres collectivités (les conseils généraux de Corse et les villes importantes) pour monter à l’assaut du mal-vivre dans un premier temps et de son corollaire, la délinquance. Il nous faut aller aux racines du mal.

Aller à la racine c’est notamment s’adresser aux plus jeunes…

Dès le mois prochain, je vais aller dans des lycées, écouter les jeunes et leur parler. D’autres collègues viendront aussi, pour dénoncer la violence et porter une parole positive. Je veux le faire parce que j’ai subi les foudres du président du conseil général de Corse du Sud il y a dix jours à propos des compétences du Conseil territorial de Corse. Dans les statuts particuliers de la Corse, il est écrit que « l’Assemblée de Corse s’occupe des affaires de la Corse ». La violence est une affaire de la Corse et des élus corses. On ne peut pas développer harmonieusement un pays avec des extorsions de fonds, des crimes à cadence accélérée…

C’est le sens de votre engagement à la tête de la « commission violence » de l’Assemblée de Corse ?

Durant un an on a écouté des gens de toutes opinion, des administratifs, des politiques et des associatifs ; des femmes, des jeunes, des vieux, des experts… Nous poursuivrons nos travaux au mois de novembre, qui seront conclus par un deuxième rapport, mais nous aimerions avoir des réponses de l’Etat au premier rapport, sorti en mars dernier.

Que disait-il ?

Il détaillait un certain nombre de préconisations. Notamment l’engagement d’une action rapide dans trois domaines prioritaires : la spéculation immobilière qui profite en partie au milieu, comme la pénétration de l’économie par l’argent sale, et enfin la précarité.

C’est un point important : la misère est le meilleur terreau pour la violence:

Bien sûr : nous sommes la région la plus précaire de France, ex-aequo avec Provence-Alpes-Côte d’Azur. L’échec scolaire et la sortie sans qualification du système sont les premiers problèmes à résoudre : il faut reprendre et restructurer l’ensemble du système éducatif et de formation professionnelle. Trop de jeunes en rupture scolaire tombent dans la délinquance ordinaire de la rue, sont récupérés par le milieu corse : des jeunes prêts à tuer pour quelques euros…

Entretien réalisé par Grégory Marin

Publié dans ACTUALITEE

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