"Vous voyez l'Espagne ? C'est bientôt nous !"

Publié le par Section Pcf Vierzon

Les manifestants ont trouvé porte close au Salon de l'auto, porte de Versailles à Paris, mardi 9 octobre. Des grilles fermées qui ont fait monter la tension d'un cran. Derrière les ouvriers CGT de PSA "plus de 400 sont venus d'Aulnay", l'industrie automobile a donné le ton de la journée de mobilisation proposée par la Fédération européenne de l'Industrie.

"Sans nous, pas de bagnoles"

Renault, Goodyear, IG Metall, ArcelorMittal, mais aussi Sanofi, des délégations venues des quatre coins de la France ont laissé exploser leur colère lorsqu'ils ont réalisé qu'aucune délégation ne serait autorisée à entrer dans le salon : "Les voitures qui sont là-dedans, c'est nous qui les fabriquons. Sans nous, pas de bagnoles", tonne un militant CGT depuis la tribune improvisée sur un camion. Et de lancer : "L'entrée, c'est 13 euros. Mais nous ne sommes pas des visiteurs ! Monsieur Montebourg, il est venu, il a payé ? Monsieur Varin, il a payé ?"

Un cri unanime s'élève contre "la milice en bleu" qui bloque l'entrée. Un petit groupe s'attaque à la barrière, repoussé à coups de gaz lacrymogènes. Des pavés commencent à voler. Les responsables du service d'ordre de PSA-Aulnay s'inquiètent un peu : "On va encore dire que c'est les gens d'Aulnay qui foutent la merde".

Mais le petit groupe devant le portail est rapidement rejoint par des ouvriers d'ArcelorMittal. La grille tremble mais tient bon. Un nouvel envoi de lacrymogènes submerge la foule. Le délégué Arcelor prend le micro : "Nous voulons nous battre contre ces prédateurs. Nous avons élu un président socialiste, nous avons la majorité dans les deux assemblées : nous réclamons une autre politique industrielle." Les ouvriers toussent, pleurent. Certains se protègent d'un mouchoir mouillé posé sur le visage : "Regardez comment le gouvernement répond aux ouvriers qui veulent rentrer !"

"Ca va finir comme en 68"

Un peu en retrait, Yvon n'en revient pas : "Ca va finir comme en 68. C'est normal, on est au bout du rouleau". Cet ouvrier de 55 ans travaille pour PSA depuis 1978. Il a commencé dans l'usine Citroën d'Asnières avant de rejoindre celle d'Aulnay. "Je n'étais pas un gars à faire grève mais maintenant… A mon âge, c'est sûr, je vais être sur la touche", explique ce Breton qui n'espère plus qu'un retour dans sa région : "Avant, on avait le moral en allant au boulot. Aujourd'hui, passer le tourniquet, ça me fait mal à la tête".

Voir tout ce monde rassemblé fait chaud au cœur des gars d'Aulnay. La police et les grilles fermées donnent la rage, mais la solidarité et l'unité rattrapent tout : "On s'en prend plein la gueule mais ça rappelle la jeunesse", sourit presque un ancien, venu de Mulhouse, les yeux rougis par les lacrymos. "Ne pas pouvoir rentrer, on s'y attendait un peu. On venait juste revendiquer et on est accueillis comme des chiens. Mais ça fait plaisir que les autres se sentent concernés", explique-t-il.

Le rassemblement et la manifestation qui suit, pour tous, c'est l'occasion de montrer que n'importe qui, dans n'importe qu'elle secteur, peut être touché par cette crise. "Aujourd'hui, avec cette mobilisation, on pense aux petites boîtes qui sont dans la même situation que nous à PSA mais qui ferment en silence. Fermeture, fermeture, on n'entend plus que ça. Si ça continue, ça va être la révolution", estime Aziz, 35 ans dont 13 passés chez PSA.

"L'Europe est mal faite"

Le jeune homme dont le père travaillait déjà pour Citroën est là pour donner un signal aux patrons, au gouvernement : "Montebourg ne peut pas grand-chose alors, si en plus on ne se mobilise pas, il ne bougera pas". Son collègue Lahcen voudrait que les choses changent : "Il faut arrêter ça. C'est possible de limiter les profits. C'est possible de privilégier les produits européens. Il y a trop de libre échange. L'Europe est mal faite, elle se fait tout le temps avoir". Lahcen en est certain : "L'origine du problème, ce sont les banques. Après 2008, on nous a dit qu'on allait contrôler la spéculation. Il est où le contrôle aujourd'hui ?"

Alors, le Salon de l'auto, oui, ils auraient aimé pouvoir y rentrer : "C'est une bonne vitrine pour les patrons. On voulait montrer ce qu'il y a derrière la vitrine, ce que les gens ne voient pas". Aziz et Lahcen ne croient pas plus en l'avenir qu'aux promesses de Philippe Varin, le patron de PSA : "Aujourd'hui, il faut que tout le monde le sache. Ce système, c'est un château de carte qui est en train de s'effondrer. Personne ne va être épargné". Ils en sont convaincus : "Vous voyez l'Espagne ? C'est bientôt nous !"

"Que reste-il d'autre que la radicalité ?"

A ceux qui reprochent à la CGT d'être partie seule pour cette journée de mobilisation, les manifestants répondent qu'au moins elle, elle se bouge pour eux. Contrat rempli pour Bernard Thibault ? Beaucoup reconnaissent pourtant que le syndicat se montre parfois trop radical : "Mais quand une usine ferme, que reste-t-il d'autre que la radicalité ?"

A la tribune, c'est maintenant Philippe Poutou qui appelle à la convergence des luttes. Les grilles du Salon de l'auto menacent une fois de plus de céder quand une nouvelle vague de lacrymogènes disperse des ouvriers dont les yeux pleurent autant à cause des gaz que de la rage. Peu avant très heures, les organisateurs CGT appellent à rejoindre la manifestation place d'Italie.

Arrivés dans le cortège, fondus dans la masse, les PSA tentent de se faire une place. "Il y a du monde, ça fait plaisir", sourit Nasser. La marche démarre, bien décidée à faire entendre ce message qu'un collègue de Nasser martèle : "Le gouvernement a tous les leviers de commandes. Il ne peut pas dire qu'il n'y a rien à faire. Combien de personnes dans la rue faut-il pour qu'il comprenne ?"

BLOG/Nouvel Observateur.

Publié dans Dans la presse.

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