11ème circonscription : « Qu'on m'appelle désormais Mélenchon du Pas-de-Calais ! »
Il est venu, il a vu et il est prêt à vaincre. Avec un moral gonflé à bloc et dans un climat d'inimitié qui lustre son cuir, Jean-Luc Mélenchon est venu à Hénin-Beaumont officialiser une candidature devenue un secret de Polichinelle. Une aventure dans laquelle il embarque le secrétaire fédéral PC, Hervé Poly, comme suppléant. Et explique ne surtout rien attendre de ses ex-camarades socialistes.
« Il faut assumer ses responsabilités jusqu'au bout ! Quelle langue voulez-vous que parle l'ancien bassin minier ? Celle du social ou celle de l'ethnique ? » Les yeux pétillants et le punch rhétorique utilisé comme arme de persuasion massive, celui qui est désormais officiellement le candidat Front de gauche dans la 11e du Pas-de-Calais est, hier, venu planter ses premières banderilles en terre héninoise. Attendu comme le messie par une cohorte de camarades convaincus et de curieux fascinés, dans une salle du Colysée devenue, une heure durant, arène de meeting, Jean-Luc Mélenchon a prestement rendossé son costume de candidat. Mais cette fois-ci à une micro-échelle. « Ne vous inquiétez pas pour moi, je ne viens pas de sortir de l'oeuf : des campagnes, j'en ai tellement fait dans ma vie ! » Alors, juste une de plus ?
Pas vraiment, car on sent là, plus qu'un supplément d'âme, une véritable fierté que de venir « sur cette terre de gauche où est né le mouvement ouvrier français » défendre sa conception du député (« Pas un élu-assistante sociale mais quelqu'un qui représente l'intérêt général et fait entendre la voix de son territoire au niveau national et même international... Ce que je veux faire, c'est de l'éducation populaire de masse pour que les gens comprennent bien qu'un député n'est pas un super-conseiller général ! »). Et une certitude répétée maintes fois : sa volonté n'est absolument pas de s'enraciner localement. Les municipales de 2014, il les balaie d'un simple revers de manche. « Tout ce que je veux, c'est porter nos idées, représenter les gens de cette circonscription et qu'on m'appelle désormais Mélenchon du Pas-de-Calais... »
Et puis, face à lui, il y a une Marine Le Pen autour de laquelle pourrait planer un parfum de revanche : « Le FN dit de moi que je fais une fixation sur Mme Le Pen : ce n'est pas moi qui fais une fixation, c'est la vie ! Le FN, c'est un problème social qui sert à enfumer et détourner la question sociale... Je ne mène pas un combat personnel contre cette femme et je souhaite que cette élection soit un débat, pas une bataille de chiens. Moi, Mme Le Pen, c'est quand elle veut et où elle veut pour qu'on ait des débats citoyens. Si elle gagne, je m'inclinerai ; si c'est moi, elle s'inclinera ! En démocratie, le peuple est souverain ! » Exit, a priori, la tentation de spectacle médiatique et de barnum nuisible aux enjeux du scrutin. Tout comme est également exclue toute possibilité de négociation avec ses ex-amis socialistes : « Le PS ? Ils font ce qu'ils veulent. Je ne suis pas concerné par leurs décisions comme ils ne sont pas concernés par les miennes... »
Voila pour l'esprit général, d'autant que, lorsqu'est plus particulièrement évoqué le PS version fédération 62, les mots cinglent quand le candidat du Front de gauche évoque les « petites baronnies... le royaume absolu des seigneurs féodaux » et ne mâche pas ses mots pour stigmatiser un système (« Je sais comment ça se passe, surtout dans le Pas-de-Calais, les votes sont truqués en interne !...Il y en a à qui je pourrais apprendre des cours de base de socialisme. Ça leur ferait du bien d'ailleurs ! »).
Pas d'appel, surtout pas de négociation avec le PS, donc, mais un appel du pied aux militants socialistes (« Je suis certain que nombre de socialistes du terrain me soutiendront par centaines ») et un constat accablant : « La décomposition du premier parti de la gauche est une des causes essentielles de la floraison du Front national. Jamais il n'aurait pu prendre pied dans une région avec des traditions aussi fortes, liées au mouvement ouvrier, s'il n'y avait pas eu le spectacle consternant que le premier parti de gauche a donné. Donc, clairement, nous nous présentons comme une relève... Je dis aux socialistes, aux électeurs, aux militants : mes amis, continuez comme ça et on va y passer ! » Après le discours, rendez-vous pour la méthode au cours d'une campagne éclair où le candidat espère multiplier les meetings en plein air « sur les places de ce territoire ».
31,42 %. Le score de Marine Le Pen au 1er tour de la présidentielle dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Jean-Luc Mélenchon : 14,85 %. François Hollande : 28,75 %.
Journal "LA VOIX du NORD".