Globalisation, le pire est à venir.
Patrick Artus est directeur des études et de la recherche économiques de Natixis. Professeur d'économie à l'Ecole polytechnique et à l'université Paris-I, membre du Cercle des économistes et du Conseil d'analyse économique (CAE), il a écrit de nombreux ouvrages, dont Globalisation, le pire est à venir avec Marie-Paule Virard (La Découverte, 2008).
Comment voyez-vous l'année 2009 ?
La crise économique, liée au retournement du cycle immobilier, qui a commencé en 2007, se poursuit. Elle est moins grave en France qu'aux Etats-Unis ou en Espagne. Pour autant, le nombre de mises en chantier dans la construction résidentielle devrait tomber de 430 000 à 320 000-330 000. C'est une chute très violente, de près de 25 %. Elle va conduire à une perte mécanique d'emplois salariés et à une diminution d'au moins deux points de croissance en 2009.
Il y a un peu plus de 100 000 logements invendus chez les promoteurs, et je ne vois pas de reprise possible avant le début de 2010. L'année 2009 verra au mieux une croissance extrêmement faible, autour de zéro, à condition que ne se produisent pas de catastrophes additionnelles.
Ce qui est beaucoup plus incertain, en revanche, c'est l'ampleur de la perte de croissance due à la réduction du levier d'endettement des ménages, des banques et même d'un certain nombre de pays. Le contre-modèle qui fait peur à tout le monde est celui du Japon, où, onze ans après la crise bancaire, il n'y a toujours pas de croissance. La France a affiché ces dernières années une croissance de l'ordre de 2 % en moyenne, dont 0,75 point était imputable à la hausse de l'endettement des ménages et à ses effets induits. Si l'on choisit de stabiliser le taux d'endettement des ménages à son niveau actuel, la croissance française peut durablement tomber à 1,25 %. Si on veut le faire baisser, ce peut être pire. Et la progression du produit intérieur brut (PIB) peut tomber à 0,5 point par an dans le scénario le plus noir.
Où trouver des bonus de croissance ?
Compte tenu de la récession en cours aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, au Japon, en Italie ou en Europe centrale, la seule façon de retrouver des marges de manoeuvre, c'est d'accroître ses exportations vers les pays en croissance rapide, l'Asie et les pays producteurs de pétrole.
La France n'est guère en situation de le faire pour des raisons que nous avons, Lionel Fontagné et moi-même, analysées dans un rapport du Conseil d'analyse économique (CAE) : les produits français ne sont pas suffisamment positionnés sur le haut de gamme, nos PME sont trop petites et cinq fois moins exportatrices que les allemandes. Et redresser une telle situation, ce que le gouvernement s'emploie à faire, requiert cinq à dix ans. Comme la consommation des ménages, l'investissement des entreprises et les exportations sont en panne, nous n'avons pas de moyens de retrouver rapidement une croissance de 2 %. Le taux de chômage va donc remonter de 1,25 à 1,5 point, mais moins qu'en 1993. Et comme il n'y a pas de signes de hausse du taux de défaut des ménages, c'est-à-dire de la proportion d'entre eux dans l'incapacité de rembourser leurs emprunts, il ne devrait y avoir de désastre ni en termes de chômage, ni en termes d'expulsions.
Que peuvent faire, malgré tout, le président et le gouvernement ?
Ils pourraient ouvrir l'accès au crédit à ceux, tels les travailleurs en contrat à durée déterminée (CDD) ou les intérimaires, qui en sont exclus, en créant des systèmes de cautions. Cela pourrait limiter les effets de la crise immobilière. Par ailleurs, le pacte de stabilité et de croissance, chacun le sait, est mort. Or il avait fixé, ce qui était anormal, des règles en matière d'endettement public indépendantes de la situation d'endettement du privé. Il nous faut les changer : si les entreprises privées se désendettent, il n'y a aucun danger à ce que le secteur public s'endette davantage. Il faut bien que l'épargne trouve à s'investir. L'Etat pourrait refaire son travail d'investisseur, accélérer des programmes d'infrastructures dans le domaine des transports, des prisons ou de l'école, par exemple.
D'autant qu'avec le renchérissement du coût du crédit aux entreprises, les partenariats public-privé sont menacés, et les financements publics, eux, redeviennent compétitifs. L'Etat devra prévenir les faillites et s'attendre à une nouvelle vague de délocalisations, à laquelle il n'aura pas le moyen de s'opposer. Pour accroître leur profitabilité, les entreprises seront de plus en plus tentées de jouer sur la baisse des coûts salariaux et d'aller produire hors de France ce qui est moyen de gamme, ce que font déjà les constructeurs automobiles. Point plus positif, la probable poursuite de la baisse tardive des taux d'intérêt par la Banque centrale européenne (BCE) et l'affaiblissement de l'euro par rapport au dollar devraient soulager l'économie française.