La chute de la maison TF1....
A croire que toute la presse s’est donné le mot: hier matin, tous les journaux s’inquiétaient de l’état de TF1, chaîne leader, autrefois fleuron de l'audiovisuel français, exemple européen. Les Echos d’abord, qui n’y sont pas allés de main morte. « La crise publicitaire fait vaciller le modèle TF1 », titrait le quotidien économique qui évoquait « une descente aux enfers ». Touchée de plein fouet par la récession publicitaire, la Une affichera au premier trimestre une perte de 10 à 15 millions d’euros.
En pages intérieures, l’éditorialiste David Barroux parlait de « la fin d’un âge d’or », précisant surtout que si TF1 flanche, ce n’est pas seulement en raison de causes extérieures : « les faiblesses d’aujourd’hui sont aussi le reflet d’erreurs stratégiques commises par la précédente direction comme par l’équipe actuelle. Passé à côté de la TNT, en retard sur le web, timide sur le front des diversifications ». Si l’éditorialiste ajoute que la chaîne a les moyens de réagir, il faudra en passer par des « choix douloureux ».
Président de Zenithoptimedia, Sébastien Danet a estimé pour sa part, dans La Tribune, que « ces résultats reflètent l’état du marché à fin avril mais que d’autres annonces de ce type pourraient suivre dans les prochaines semaines ». Le Figaro a appuyé là où ça fait mal et publié un comparatif TF1-M6. Car la petite chaîne qui monte s’en sort mieux : « au final M6 a réussi à stabiliser consolidé à 327,4 millions d’euros » et les revenus non-publicitaires du groupe ont progressé de 9,6%.
Si Martin Bouygues a renouvelé sa confiance à l’actuelle direction de la chaîne, en coulisses, on s’agite. Les Echos démentent l’information selon laquelle TF1 chercherait un poids lourd pour diriger les programmes de la chaîne, sorte de Mougeotte bis. Un temps évoquées, les arrivées de Xavier Couture et Rodolphe Belmer de Canal-Plus ne seraient donc pas à l’ordre du jour. Pourtant TF1 a quand même appelé le producteur Gérard Louvin (à qui on doit, entre autres, Sacrée soirée, Sans aucun doute ou encore L'Ile de la tentation)à la rescousse, au poste de conseiller de la direction avec pour mission de revenir aux fondamentaux. On ne saurait être plus clair. Car TF1 s’est perdue.
Et comme le dit Libé, qui évite les précautions d’usage, certes la pub, certes la TNT, certes le web, certes la crise, certes c’est dur en ce moment mais au final « TF1 morfle » ! Et le plan d’économies mis en place par la direction touche les salariés de TF1 dans leur quotidien : finies les bouteilles d’eau à disposition des salariés, maintenant chacun va boire à la fontaine d’eau — « mais il n’y a plus de gobelets » selon Libération. Plus de dosettes non plus dans les machines à café, plus de voitures de fonction pour les vedettes mais des taxis, des notes de frais limitées.
Même les cadeaux de Sarkozy — suppression de la pub sur le service public, autorisation d’une deuxième page de pub — n’auront pas suffi. Résultat : les chaînes privées concurrentes mais désarmées font front commun. Elles se disent prêtes, au sein de la bien nommée Association des chaînes privées, à « étudier les actions qui pourraient être entreprises » au niveau européen… contre les aides versées aux chaînes publiques pour compenser l’arrêt de la pub après 20 heures. Et obtenir un moratoire sur la taxe (reversée au service public) sur le chiffre d’affaires des chaînes privées. Bref, pour sauver leur peau, TF1, M6 et les autres proposent d'asphyxier France Télévisions.

