Le PS est lâché par une partie de ses économistes.

Publié le par Section Pcf Vierzon

C'est un appel rendu public mardi, d'une quarantaine d'économistes et universitaires respectés, en faveur du « Front de Gauche ». Dix des signataires avaient défendu bec et ongles, il y a six mois, la candidature de Benoît Hamon au poste de premier secrétaire du PS.

Le marché permet-il le progrès économique et social ? Les tenants du libéralisme économique le pensent. D'autres estiment que s'il peut faire bien des choses, il ne peut ni subvenir à une série de besoins sociaux, ni assurer le plein emploi, la réduction des inégalités ou encore un développement respectueux de l'environnement.

L'intervention publique est nécessaire. Qui a raison ? Le débat est ouvert tant chez les économistes que parmi les citoyens. Ce qu'on peut reprocher aux traités européens est avant tout cela : au lieu de se contenter d'établir un cadre institutionnel permettant aux citoyens de faire des choix, ils tranchent le débat en amont.

Les traités sont aujourd'hui transgressés. Les déficits publics crèvent le plafond des 3 % du Pib, la dette publique celui des 60 % ; la Banque centrale européenne, avec beaucoup d'atermoiements, se résigne à intervenir sur les marchés financiers pour dénouer une crise que l'initiative privée s'avère incapable de surmonter ; des banques sont nationalisées, etc. Ces transgressions pourront servir de point d'appui pour un gouvernement qui serait soucieux de rompre avec le libéralisme : au nom de quoi seraient-elles acceptables pour sauver la banque et la finance, et non pour les domestiquer afin de satisfaire les besoins du plus grand nombre ? On ne peut pour autant soutenir que les traités ne sont que des tigres de papier. Juridiquement, ils s'imposent aux Etats membres. Ils expliquent, pour une part, que l'Europe, et singulièrement la zone euro, soit à la traîne en matière de relance.

Financière et économique, la crise est aussi sociale et écologique. Elle exige une redéfinition de la construction européenne. Pour ne citer que cet exemple, un vaste plan financé par l'emprunt en faveur du ferroviaire et de la rénovation thermique des bâtiments permettrait de concilier écologie et soutien à l'activité et à l'emploi. Mais les traités n'autorisent pas cette solution puisqu'ils interdisent à l'Union toute possibilité d'emprunt.

Les gouvernements usent depuis longtemps de l'Union européenne pour introduire des mesures qu'ils peuvent difficilement imposer directement faute d'assentiment populaire. C'est une première entorse à la démocratie. Il en est une autre aussi grave qui renvoie au jeu propre des institutions européennes. Au fil des décennies, s'y est constituée une véritable bureaucratie pour laquelle le libéralisme économique est devenu une seconde langue. Sachant que le ralliement des gouvernements est potentiellement fragile, puisqu'ils sont soumis à la sanction des élections, elle leur impose le plus étroit des corsets. On comprend ainsi ce qu'il importe d'expliquer : la frénésie de détails des traités. Le libéralisme économique et le dirigisme politique font décidément bon ménage.

L'art de gouverner suppose des compromis. La crise ne peut être une méthode permanente de gouvernement. Au risque de l'enlisement, il est néanmoins des situations qui ne peuvent être débloquées que par des crises. La construction européenne relève clairement de ce cas de figure. Le « non » lors du référendum de mai 2005 a été une étape en ce sens. Malgré les menaces agitées, il ne s'est pas traduit par un cataclysme économique. Ce dernier est venu ensuite, et chacun s'accorde à dire qu'il vient du libéralisme... que les traités élèvent au pinacle. De même, un plan B était possible. Les gouvernements en ont trouvé un, à leur façon, avec le Traité de Lisbonne que les partis socialistes soutiennent explicitement. Le mépris pour la souveraineté du peuple aidant, ce Traité, loin d'être « simplifié », reprend la quasi-totalité des dispositions de la Constitution. Comme toujours dans l'histoire, c'est donc aux citoyens qu'il revient, à nouveau, de dire « stop ».

Les prochaines élections européennes en offrent l'opportunité. Les signataires de ce texte sont des économistes non libéraux qui n'étaient membres ni du Parti communiste, ni des courants du Parti socialiste ayant donné naissance au « Parti de gauche ».

Avec d'autres, ces partis ont lancé un Front de gauche pour les élections européennes afin de prolonger la dynamique unitaire du référendum.

L'urgence qu'il y a à dessiner des alternatives au capitalisme libéral mérite mieux en effet que la priorité donnée à son pré-carré. En gardant notre indépendance d'esprit, nous soutenons et appelons à soutenir cette initiative. Notre pays a connu un beau débat de fond à l'occasion du référendum. Dans un contexte, celui de la crise, qui l'exige plus encore, les élections européennes gagneraient à ce qu'il en soit de même.

 

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Publié dans FRONT de GAUCHE

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