Des vacances «normales», c’est devenu un luxe...
Cette année encore, plus d’un tiers des Français
ne partiront pas durant l’été. Une « fracture touristique » qui serait en train de s’élargir. Reportage auprès de familles modestes qui ont pu goûter, grâce au Secours populaire, à des vacances dans le camping des Alizés.
Saint Hilaire de Riez (85 Vendée). Le silence. Tout est calme. Vierzon est bien loin. « C’est magnifique. » Karim Ramit le répète inlassablement. Cet habitant de Vierzon (CHER) bénéficie avec sa famille de l’aide du Secours populaire (SPF) pour partir en vacances. « À Vierzon, c’est bus, boulot, dodo. Ici, c’est tranquille. Je kiffe. »
Ici, c’est le « pays du bateau ». Le nom des "Sables de l'Onne "est bien en
dessous de la réalité avec Saint Gilles Croix de Vie. Avec ses désormais 1 000 km de voies cyclables, le département détient aujourd’hui le plus grand réseau cyclable de France. Du littoral au haut bocage en passant par l’incontournable Marais Poitevin, les 4 nouvelles pistes ouvertes en ce mois de juin 2012 bouclent un circuit inédit par sa longueur, sa diversité et sa qualité. Logé dans ce paysage des Grand-Becs, le village de vacances " Parcs d' attraction comme Atlantic Toboggan, Equitation, Quad, Naturisme, Forêt, Sports nautiques, Fête foraine, Location de vélos; est l’un de ces havres de paix où la famille Ramit a pu séjourner une semaine.
« Se serrer la ceinture ne suffit plus »
En collaboration avec la caisse d’allocations familiales (CAF) du CHER, l’Agence nationale pour les chèques-vacances (ANCV) et la région CENTRE, le Secours populaire tente de rendre les vacances accessibles à tous. Les familles retenues n’ont plus qu’à débourser 70 euros par adulte et 20 euros par enfant pour s’offrir un séjour d’une semaine, tous frais payés. En 2011, 171 357 personnes avaient bénéficié d’un départ avec le SPF.
La famille Ramit fait partie des heureux élus. Lunettes style Aviator sur le nez, maillot du Paris Saint-Germain sur les épaules, Karim Ramit, père de trois enfants en bas âge, travaille en intérim dans la menuiserie. « En ce moment, je fais aussi beaucoup de clim. Ça me plaît. » mais les revenus sont maigres et la famille Ramit n’aurait pas eu les moyens de laisser de côté sa vie quotidienne Vierzonnaise sans l’aide du SPF. « On essaie de faire au mieux, de se serrer la ceinture, mais ça ne suffit pas. Les vacances sont devenues un luxe. »
Dans la maisonnée, c’est sa compagne Saliha, belle trentenaire apprêtée, qui s’occupe de gérer les comptes. « C’est difficile quand on voit les voisins partir. On a besoin de ces vacances pour se changer les idées, oublier les factures et passer du temps en famille. » Jeux de société, plage ou tout simplement promenade, les Ramit décompressent. Originaire d’Algérie, Karim retrouve même un peu du pays de ses grands-parents en Vendée. « Tous les matins, je regarde les mouettes. C’est magnifique. Quand je pense à la solidarité dont nous bénéficions…. Vraiment, vive la République ! »
«On s’habitue à ne pas partir en vacances»
Résidente dans le CHER, la famille T. a, elle aussi, bénéficié de l’aide du Secours populaire. Voisins des Ramit à la base de loisirs des Demoiselles, Hassan et Yasmina (les prénoms ont été modifiés par souci d’anonymat) étaient déjà partis en 2009 avec leurs trois enfants à Bordeaux grâce à l’association. Malgré ses maigres ressources, la famille T. jouit cette fois d’une semaine de « repos » au pays du "Vendée Globe" pour seulement 200 euros.
« Je ne travaille plus depuis décembre 2011 car je me suis blessé grièvement à la main droite à la maison. Or je suis serveur dans une pizzeria. Je ne touche donc pas d’indemnités journalières, car ce n’est pas un accident du travail. J’espère pouvoir reprendre en septembre prochain. » Les seuls revenus d’assistante maternelle de Yasmina n’auraient pu financer un départ cet été de la famille. Une habitude. « Moi, je m’en fous ! lance Yasmina T. Quand j’étais petite, je ne partais jamais. C’est surtout pour les enfants que c’est dur… »
Anna, leur fille de 15 ans, vient de passer son brevet, obtenu avec une mention très bien. La jeune demoiselle dit que l’on « s’habitue à ne pas partir en vacances ». « Les copines ont toujours quelque chose à raconter lors de la rentrée des classes en septembre. Moi aussi, cette fois. » Son jeune frère de 9 ans, Sofiane, préférera garder pour lui cette inhabituelle expérience. La plus petite de 4 ans, elle, ne se pose pas tant de questions. Elle profite du sable, de l’eau et des percées du soleil. Sans se soucier de ce qu’il en sera l’été prochain.
Merci pour votre participation.
JMR