DESCENTE AUX ENFERS.
A quoi joue le Financial Times ? Après avoir sonné l’hallali contre la Grèce au début de l’année, en prétendant mensongèrement que la Chine avait refusé d’acheter 25 milliards d’euros d’emprunt émis par Athènes, le quotidien britannique récidive le 27 mai en faisant état de l’intention de Pékin de se défaire d’une partie de ses réserves de change libellées en euros. Panique immédiate sur les marchés, jusqu’à ce que les autorités chinoises démentent vigoureusement cette assertion. Correspondant de Libération à Bruxelles et fin connaisseur des arcanes de l’Union Européenne, Jean Quatremer relie cet épisode à son propre vécu : « A Londres où j’ai passé deux jours pour rencontrer des opérateurs de marché, écrit-il sur son blog, il est étourdissant de constater que la fin de l’euro est une réalité incontestable, seule la date faisant encore débat ».
Pourtant, les optimistes croient la monnaie unique sauvée après l’adoption du plan de sauvetage de la Grèce, avec à la clé constitution d’un fonds d’urgence de 720 milliards d’euros et engagement de la BCE à racheter les titres de la dette des Etats défaillants sur le marché secondaire. Une belle entorse au traité de Lisbonne, soit dit en passant, mais assortie de conditions drastiques dictées par l’Allemagne : plans de rigueur dans toute la zone euro, examen préalable des budgets nationaux par la commission de Bruxelles, inscription de la règle de l’équilibre budgétaire dans les constitutions nationales (et la petite chose élyséenne voudrait faire croire que c’est son idée !)
C’est un tournant ? Non Sire, c’est « un putsch légitime », écrit l’Express du 12 mai. L’inévitable Alain Minc enfonce le clou le lendemain dans Le Point, en affirmant, à propos des peuples européens : « Leur faire croire qu’ils doivent être consultés à chaque grande étape de la construction européenne est non seulement démagogique, mais criminel ». Ben voyons, il suffit de consulter les marchés…
Mieux vaut d’ailleurs maintenir les peuples dans l’ignorance de ce qui vient, car « la rigueur », contrôlée par le FMI et son « socialiste » de directeur, s’apparente à un recul social sans précédent. Cette fois c’est l’Expansion qui vend la mèche dans son numéro de juin : «
L’heure des comptes a maintenant sonné (…) Dans l’Hexagone, une cure d’austérité au moins deux fois plus sévère que celle qui a suivi le tournant de la rigueur opéré par la gauche en 1983 se profile. Cette fois-ci, ce sont presque exclusivement les ménages qui devront mettre la main au portefeuille… » Et l’on en voit déjà la couleur, entre l’attaque frontale contre les régimes de retraite ou le plan Chatel d’augmentation des élèves par classe, en passant par d’imminentes augmentations d’impôts.
Mais une telle purge risque de plonger l’Europe dans la dépression, comme l’avertissent nombre d’économistes. La croissance du Vieux Continent est déjà atone (1, 2% en prévision pour 2010, contre 3, 2% aux Etats-Unis, 4, 9% au Japon et peut-être 10% en Chine),
Qu’adviendra-t-il si la rigueur empêche toute relance ? Indice on ne peut plus clair de la morosité ambiante : les banques européennes ne se prêtent plus d’argent entre elles et vivent dans la peur d’un nouveau maelström financier suite à la dégradation de l’Espagne par l’agence Fitch.
Aussi l’euro continue-t-il de trembler. En Allemagne, les partisans d’un retour au mark gagnent du terrain. Le Wirtschaftwoche, hebdomadaire de référence du monde des affaires, n’a pas hésité à détailler un possible plan de sortie de l’euro, alors que le président de la Bundesbank, Axel Weber, rendait public son désaccord avec la nouvelle politique monétaire impulsée par Jean-Claude Trichet à la BCE.
Au sein des classes dominantes européennes, deux lignes s’affrontent désormais autour de l’opportunité de maintenir ou non la zone euro. Mais tous ces Messieurs ont en commun la volonté de faire payer leur crise par les travailleurs et la jeunesse. Contre cela, la gauche doit arrêter un programme qui s’en prenne résolument aux intérêts de la finance.