Détachement syndical dans l'éducation : Peltier s'enlise...
Détachement syndical dans l'éducation : Peltier s'enlise et signe.
«Savez-vous combien il y a de professeurs détachés comme permanents syndicaux en équivalents temps plein selon le rapport parlementaire de 2010 ?
45 000 ! 45 000 professeurs sont détachés à temps plein comme permanents syndicaux dans notre pays, ce n’est pas raisonnable. Si on veut trouver des professeurs supplémentaires, remettons-les dans les classes !»
Guillaume Peltier, le 18 octobre sur D8
«15 000 par an c'est déjà beaucoup trop ! 15 000 par an détachés permanents syndicaux. Selon Le Monde !»
Guillaume Peltier, le 19 octobre sur LCP
Intoxication, encore et toujours: Guillaume Peltier persiste, signe et s'enfonce. Invité sur LCP à débattre des réformes dans l'éducation, l'animateur du très droitier courant «Droite forte» au sein de l'UMP (pour un rapprochement avec le FN) s'est à nouveau embourbé dans les chiffres des syndicats dans l'Education nationale. Jeudi, il avait affirmé sur D8, prétendant s'appuyer sur le rapport Perruchot de 2010 consacré au financement des syndicats, qu'on comptait en France «45 000 professeurs détachés à temps plein comme permanents syndicaux». Une «énormité» repérée et corrigée par nos confrères des Décodeurs (Le Monde) et sur laquelle Serge Moati a donc interrogé Guillaume Peltier le lendemain.
La suite:
Très amusante réponse de Guillaume Peltier aux articles des Décodeurs (Le Monde) et de Désintox (Libé) sur ses propos farfelus à propos du nombre de professeurs détachés pour activité syndicale. Pour mémoire, Peltier avait déclaré à deux jours d'intervale que le nombre d'enseignants dédiés à plein temps au syndicalisme était de 45000, avant d'affirmer qu'il était de 15000. Dans les deux cas, c'était grossièrement faux. En cumulant l'ensemble des heures de décharges, le rapport Perruchot (1) -que citait pourtant Peltier- donnait le chiffre de 1900 équivalents temps plein. Les décodeurs et Désintox avaient corrigé.
En réponse, le post du jeune dirigeant de l'UMP (publié sur son blog) commence par :
«N’en déplaise à certains journalistes du Monde et de Libération, il y a trop de fonctionnaires détachés comme permanents syndicaux en France ! Que les commentateurs partisans ont du mal à accepter le principe de réalité ! Oui, la vérité doit être dite : celle du nombre de fonctionnaires qui sont détachés pour un mandat syndical»
Il est très drôle que Peltier trouve le moyen d'entamer son post en écrivant dans la même phrase «principe de réalité» et «vérité» à propos d'un sujet sur lequel il a raconté absolument n'importe quoi en deux occasions.
Et c'est d'autant plus drôle que Peltier trouve le moyen de rajouter une deuxième bourde en concluant sa note. Voilà ce qu'écrit Peltier :
«40 000 fonctionnaires détachés à temps plein ou à temps partiel, 5 milliards d’euros de coût du financement public des syndicats (toujours selon le rapport Perruchot), n’est-ce pas trop pour un pays dont les services publics sont abîmés, dont la dette explose, dont le dialogue social est en panne ? Telle est ma conviction et celle de notre motion, la Droite forte».
Problème, Peltier profite de sa conclusion pour citer une nouvelle fois de travers le rapport Perruchot, lequel évoquerait 5 milliards d'euros de financement public des syndicats.
Caramba, encore raté.
Primo, le rapport estime dans un tableau recapitulatif que le financement de l'activité syndical s'élève à environ 3,8- 3,9 milliards d'euros (et non pas 5 milliards). Somme dont le rapporteur concède à de multiples reprises qu'il s'agit d'une évaluation à la louche.
Par exemple, sur ces quelque 4 milliards, 1,34 correspondent à une estimation du coût des décharges dans la fonction publique. Soit la fourchette haute de l'estimation faite dans le chapitre consacré au sujet, qui évoque entre 720 millions d'euros et 1,34 milliard d'euros (l'hypothèse retenue de 1,34 milliard correspondant à une extrapolation à partir d'une étude sur deux départements).
Deuxio, le rapport parle du financement de l'activité syndicale (et non du financement des syndicats). Ce qui fait une notable différence, sur laquelle le rapporteur juge utile d'insister. Dans le chapitre concernant la contribution des entreprises, on lit par exemple : «Il ne s'agit pas du financement des syndicats mais plus précisément du financement de de l'activité de représentation, de défense, de revendication menée par les syndicalistes dans les entreprises».
Tertio, il ne s'agit pas de 3,8 (ou 3,9 milliards d'euros) de «financement public» comme le dit Peltier, d'abord puisque une partie (certes marginale) de la somme correspond aux cotisations des adhérents des organisations, mais surtout parce qu'une moitié de la somme totale provient des entreprises (essentiellement sous forme d'heures de délégation).
Peltier relativisera sûrement cette nouvelle «approximation» en disant que les journaux ont du mal à accepter le fait que les syndicats coûtent trop cher.
Les cons sa ose tout c'est à cela que ons les reconnais.
(1) le rapport Perruchot qui a été enterré avant sa sortie.
BLOG/Ami.