Face aux français: «Sarkozy ne trompe plus personne»
Pierre Le Ménahès: capture d'écran.
Vous aviez surpris l’an passé en qualifiant de « simplistes » certaines réponses du président, en le relançant comme un pro pour qu’il promette à l’antenne que la nouvelle Clio de Renault soit majoritairement construite à Flins et non en Turquie. Quels conseils professez-vous aux Français qui l’accueilleront jeudi soir sur TF1 ?
Avant toute chose, je trouve curieux que le président de la République mette en scène, sur un plateau de télévision, sa rencontre avec des Français. Alors qu’il n’a pas dédaigné les écouter lorsque ces derniers se sont mobilisés massivement ces mois durant, contre sa réforme injuste des retraites. Avec ce recul, ma conviction s’est renforcée. Nicolas Sarkozy n’est qu’un acteur. Dans un premier temps, il cherche à manipuler son interlocuteur en exprimant de la compassion. Puis, il passe vite à la provocation ou même à l’insulte, lorsque ce dernier lui résiste. Les conflits qui l’opposent aujourd’hui aux juges et aux dockers témoignent largement de son penchant à sombrer dans la caricature. Face à ce président de la République, il faut donc rester impérativement concentré, refuser d’entrer dans son jeu. Et exposer les vraies difficultés auxquelles vous êtes confrontés du fait de sa politique. C’est le seul moyen de ne pas anesthésier le débat. Si j’étais face à lui, je lui redemanderais ce que l’État entend faire pour freiner les nouvelles délocalisations de Renault.
Quel regard portez-vous sur le bilan 2010 du président de la République?
À l’entendre lorsque nous avons débattu à TF1, 2010 devait être une année de redémarrage de l’emploi. On voit ce qu’il en est. Si j’avais un prix à lui décerner, ce serait donc celui de la Comédie Française, catégorie tragique. Non seulement le nombre de chômeurs dans l’Hexagone continue d’augmenter. Mais encore, les délocalisations d’emplois industriels se poursuivent. Nicolas Sarkozy a voulu un temps jouer les « Pères Noël » en annonçant des plans d’urgence. En 2011, il ne trompe plus personne. Du moins, je l’espère…
Grâce à la mobilisation de ses salariés mais aussi celles des pouvoirs publics votre entreprise a évité la faillite en 2009. Où en est la SBFM aujourd’hui ?
La SBFM compte encore 444 salariés. Mais nous ne sommes pas sortis de la précarité. Loin s’en faut. Jusqu’en août 2011, Renault reste exploitant locataire de notre société pour une somme dérisoire de 24 000 euros par an. Mais nous devons de toute urgence trouver un repreneur car nos installations vétustes nécessitent 70 millions d’euros d’investissement. Pour nous, la lutte continue !
Laurence Dequay - Marianne