FN/UMP : quelle recomposition pour la droite française ?
Peut-on affirmer après le premier tour du scrutin de l'élection présidentielle et à quelques heures de l'issue du second que les carottes sont cuites ? A mon avis, oui, dans le sens où les possibilités de Nicolas Sarkozy de renverser la vapeur et d'obtenir la majorité absolue au second tour sont minimes et où l'intérêt de la famille Le Pen est de l'éjecter du jeu politique. Le candidat de l'UMP chassant sur les mêmes prairies électorales que le Front national - immigration, frontières, Schengen, etc -, le FN a tout intérêt à éliminer ce rival politique.
Les affiches de campagne 2012 de Sarkozy et Le Pen (P. KOVARIK/AFP)
Les trois clés de la défaite de Sarkozy:
Trois facteurs ont pesé sur l'issue du scrutin : la crise économique, Nicolas Sarkozy lui-même et la "mentalité française".
Le contexte économique européen et international a joué et joue encore contre tous les gouvernements en place. Certains ont été balayés par les urnes, comme en Espagne, d'autres de manière plus indirecte, comme le gouvernement Berlusconi en Italie. La crise actuelle est un facteur de forte déstabilisation de tous les pouvoirs en place et Nicolas Sarkozy ne fait pas exception.
D'autre part, pendant toute la première moitié de son mandat, Nicolas Sarkozy a sous-estimé le risque de perdre les élections de 2012. Il a fait preuve de beaucoup d'assurance en dépit d'un certain cumul de bourdes : le Fouquet's, la tentative de placement de son fils Jean à la tête de l'Epad, le bouclier fiscal… Quand il s'est aperçu qu'il risquait de perdre sa place, le président de la République a commencé à changer d'attitude, mais c'était manifestement trop tard.
Enfin, ce qu'on peut nommer un "facteur français" n'est pas à négliger : il s'agit de la nostalgie qui anime le peuple français depuis des décennies, et dont on ne connaît d'ailleurs pas très bien l'objet exact. Toujours est-il que les Français adorent utiliser les urnes pour punir les hommes politiques. Ils l'ont fait en 1981 avec Giscard d'Estaing, en 1986 avec Mitterrand, en 1988 avec Chirac, en 1993 avec la gauche, en 1997 avec la droite, en 2002 avec Jospin et la gauche, et en 2007 avec Chirac. 2012 et Nicolas Sarkozy viennent compléter ce tableau.
Les législatives, plus décisives encore:
Et maintenant ? Une fois le constat dressé, que peut-il se produire ? L'enjeu ne se situe pas tant dans le second tour de la présidentielle – les carottes sont cuites – que dans les législatives, qui se déroulent en juin.
La droite française sort en effet de cette élection présidentielle dans un contexte de confusion mentale comparable, et même pire, à la situation de 1981. En 1981, la droite connaissait une période de troubles, mais elle n'était pas obligée de compter avec un FN à presque 20%. C'est le cas aujourd'hui.
La droite française est traditionnellement divisée en trois âmes, avant même d'être divisée en partis : l'âme de la droite radicale, extrême ; l'âme de la droite libérale, bayrouiste, démocrate-chrétienne ; et l'âme gaulliste, pratiquement la plus en crise de toutes.
A cette situation de crise s'ajoute le fait que le FN pourrait rafler certaines circonscriptions, ce qui serait une défaite catastrophique pour la droite. Les socialistes, eux, pourraient obtenir, avec le soutien des radicaux de gauche, la majorité absolue à l'Assemblée nationale, chose qui s'est produite uniquement en 1981 avec Mitterrand.
Le vrai match est donc celui de la majorité absolue du "PS et des radicaux de gauche" avec la nouvelle composente du Front de Gauche en juin à l'Assemblée. Si les socialistes ne l'obtiennent pas, alors ils devront essayer de trouver des compromis délicats. Le but de François Hollande est d'éviter cette situation.
La droite française, avec ou sans le FN ?
Dans ce contexte se pose le problème de la droite française et de sa refondation. Cette dernière doit-elle inclure ou non le Front national ?
A mon sens, l'entreprise dont le point de référence est incarné par l'avocat Gilbert Collard est une opération à l'italienne, qui consiste à supprimer les pointes de nostalgie fasciste et antisémite du FN pour en faire un parti certainement anti-immigrés, mais qui ne se poserait plus à l'extérieur du système politique. Le but est de faire évoluer le Front national d'une attitude anti-système à une attitude conforme avec le système, comme cela s'est produit en Italie avec le Movimento Sociale Italiano, entré dans la droite classique. Désormais, il n'y a plus en Italie d'extrême droite au sens traditionnel. Elle a été absorbé par le système, au point paradoxal que Gianfranco Fini, le leader du Movimento Sociale Italiano, est aujourd'hui classé au centre et allié à la gauche dans le contexte actuel. Une autre partie de l'extrême droite est restée dans le parti de Berlusconi, mais il n'y a plus, en Italie, de grand parti radical à droite.
Si la volonté que je prête à Gilbert Collard se retrouve - qui sait ! - dans le cœur de Marine le Pen, cela mènerait in fine à la naissance de deux grandes formations politiques à droite : une droite radicale, anti-immigrée et euro-sceptique, composée d'une partie de l'actuelle UMP et d'une partie du FN, et une droite qui rassemblerait grosso modo la vieille UDF.
Existe-t-il une possibilité de la part de la droite française classique de stimuler une division du FN, pour pousser à une recomposition qui intégrerait une partie du FN ? Ce n'est pas exclu. Si la droite connaît une traversée du désert jusqu'aux prochaines élections municipales et régionales, c'est-à-dire durant les deux prochaines années, tous les discours de refondation des différents mouvements politiques à droite ne seront plus aussi absurdes qu'ils peuvent le paraître aujourd'hui.
BLOG/PCF Vierzon