«Mélenchon, un personnage clé de la présidentielle»

Publié le par Section Pcf Vierzon

Nad08. Je m'apprête à voter pour Jean-Luc Mélenchon et ce qui m'intéresse c'est son projet, ses analyses et les idées qu'il défend, pas le récit de sa vie. En faisant cette biographie, ne participez-vous pas à la personnalisation, voire la «pipolisation», de la politique ?
Lilian Alemagna. On a eu envie d'écrire cette biographie justement pour que les électeurs puissent avoir entre les mains un ouvrage qui retrace le parcours politique de Jean-Luc Mélenchon. Sortir de toutes les caricatures, comprendre pourquoi sa candidature n'est pas un hasard. Quant à la «pipolisation», nous n'abordons pas sa vie privée, car il n'en fait pas un argument politique.

Bjorn. Est-il différent «en privé» et devant les caméras avec les journalistes ?
L. A. Il est entier... Il ne fait pas de langue de bois, n'hésite pas à nous critiquer ou dire ce qu'il pense de nos articles, mais il est honnête. La relation entre lui et les journalistes politique n'en est que plus entière.

TheArtofYello. J'ai lu les bonnes feuilles de votre livre sur Mediapart et le ton m'a paru bien plus neutre que celui employé dans vos articles pour «Libé». Comment se fait-ce ?
L. A. Il faut lire tout le livre ! Le but de l'ouvrage n'est pas de faire une hagiographie de Jean-Luc Mélenchon, de défendre son programme ou à l'inverse de faire un pamphlet contre lui, mais de donner les clés aux lecteurs et électeurs pour comprendre au mieux la personnalité de cet homme.

Gregolotte. Pensez-vous qu'il puisse faire un bon score au premier tour (Mélenchon, le 3e homme) ?
L. A. Troisième homme, ce sera difficile, vu la force du vote utile qu'il risque d'y avoir en faveur de François Hollande. Mais, si sa campagne continue de bien se dérouler, il peut atteindre les 10%, ce qui serait une très bonne performance.

Achab. La problématique de l'écologie est devenue très forte dans le discours de Mélenchon. De quand date sa conversion à l'écologie ? Et le Front de gauche, avec son programme, est-il susceptible de convaincre l'électorat traditionnel des Verts ?
L. A. Cela date de la fondation du Parti de gauche, en 2008. Mélenchon a réussi à attirer des militants déçus des Verts. Il est désormais antinucléaire, défend l'agriculture de proximité et vise aujourd'hui une partie de l'électorat d'Europe Ecologie qui ne se retrouve pas dans Eva Joly et ne veut pas voter utile.

Lou. Pardon pour ceux qui ont déjà suivi la promotion de l'ouvrage mais : pourquoi ce personnage et pourquoi ce titre ?
L. A. Parce qu'il devient un personnage clé de la présidentielle. Pour le titre le «plébéien», il s'agit dans la Rome antique des représentants de la plèbe qui s'opposaient aux représentants de l'aristocratie romaine. La fonction plébéienne était utilisée pour désigner celle du Parti communiste dans les années 60, Mélenchon a repris aujourd'hui cette fonction.

Va. Il a promis qu'il n'entrerait pas dans un gouvernement de gauche, en tant que ministre, je me trompe ?
L. A. Non, vous ne vous trompez pas. Il répète qu'il ne sera pas ministre dans un gouvernement qu'il ne dirigerait pas. En revanche, pour les autres composantes du Front de gauche, tout dépend des positions politiques qui feraient gagner François Hollande, tout dépend aussi du score de Mélenchon, qui sera regardé de très près au PS. Pour Mélenchon, à titre personnel, il ne s'imagine pas en Conseil des ministres sous l'autorité de François Hollande.

Mathieug. Pensez-vous que le Front de gauche puisse devenir aussi important que le parti allemand Die Linke du point de vue électoral ? Est-il ou va-t-il devenir un partenaire incontournable pour le PS ?
L. A. Die Linke est un modèle pour Jean-Luc Mélenchon. Mais le PCF ne veut pas d'un nouveau parti. Ceci dit, de son score à la présidentielle découleront les choix de chaque formation politique du Front de gauche après 2012. Mélenchon pense toujours à créer une nouvelle force politique. Un de ses proches est d'ailleurs propriétaire du nom et du logo Front de gauche, preuve qu'il a anticipé les choses. Toutefois, Mélenchon se rend aussi compte des difficultés actuelles de Die Linke en Allemagne.

Ryline. Est-ce que le Front de gauche signe la fin du PC ?
L. A. Pas forcément. Il peut aussi en annoncer le renouvellement. La question reste ouverte pour l'après-2012.

Bilbal. La tactique du Front de gauche aujourd'hui est de privilégier les électeurs des classes populaires et des élites déçues du PS. Peut-il y avoir une percée du vote Mélenchon dans les classes moyennes ?
L. A. Oui. Avec son discours sur le «précariat» (la défense des précaires), il s'adresse à cette partie de la population qui peut avoir peur du déclassement. Tout son discours sur l'augmentation des salaires, la répartition des richesses, comme l'augmentation du Smic ou le salaire maximum vise aussi les classes moyennes. D'ailleurs, dans les sondages, c'est dans cette catégorie qu'il est le plus populaire.

Mathurin. Traiter Marine Le Pen de «semi-démente», c'est une erreur stratégique, non ?
L. A. C'est une maladresse... A côté de ça, il est l'un des seuls à gauche qui débatte argument contre argument avec la candidate du Front national. Il fait peut-être l'erreur de ne pas voir que des électeurs qui votaient à gauche peuvent être aujourd'hui attirés par Marine Le Pen. Mais il s'est aussi donné pour objectif d'empêcher que certains «glissent» vers Le Pen.

Paultique. Mélenchon n'a t-il pas réussi son pari ? A savoir ancrer Francois Hollande à gauche...
L. A. Ses proches disent aujourd'hui que François Hollande se «mélenchonise». Les jours qui arrivent diront si le discours de Hollande au Bourget «légitimise» Mélenchon et le renforcera dans cette campagne ou bien si des électeurs déçus par Hollande et tentés par Mélenchon reviendront vers le PS, rassurés du ton employé par le candidat socialiste, hier au Bourget.

BLOG/ Ami

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Publié dans Aide mémoire

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