Non, M. Valls, la République laïque ne se rend pas à une messe au Vatican !
Mais jusqu’où Manuel Valls ira-t-il dans l’imposture ? Oui, imposture ! Nous utilisons ce mot à dessein. Depuis quatre mois, cet homme prend des poses et des postures devant tous les miroirs médiatiques flatteurs qui se dressent devant lui, mais quelle est son action réelle ? Evacuons les faux débats. Je ne sous-estime pas l’importance du droit à la sûreté pour tous les citoyens. C’est même la condition élémentaire de toute vie en société. Nous croyons indispensable l’existence d’une police républicaine qui fasse respecter la loi partout sur le territoire. Nous jugeons aussi impératif d’empêcher le fanatisme religieux de progresser. Mais, là n’est pas le sujet.
Pour l’heure, que fait M. Valls sinon reproduire les mêmes recettes et la même politique que celle de Nicolas Sarkozy ? Un sondage de ce matin affirme qu’il serait l’homme politique préféré des français. Quel baratin ! Quel enfumage ! Si l’on en croit la presse, particulièrement celle de droite, il serait même l’homme politique de la rentrée. Le Nouvel Obs d' il y a 15 jours affirmait sans ambages qu’il serait « Le Vice-président », sans que l’on sache trop de la part de la rédaction de cet hebdomadaire solférinien si c’est un constat ou un souhait. J’admets qu’il plait beaucoup à la droite. C'est vrai. Il se donne d'ailleurs du mal pour cela. C’est ce que démontrent toutes les études. Mais après ? En quoi son action à la tête du Ministère de l’intérieur marque-t-elle un début de rupture significative avec les Ministres de droite précédents ? En rien. Ou si peu.
Nous ne développerons pas ici la façon désastreuse dont ce monsieur, qui avait qualifié Jean-Luc Mélenchon de "danger pour la démocratie" (subtil, non ?), gère le délicat dossier concernant « les roms », ni son refus d’appliquer ce qui était pourtant la proposition n°30 du candidat Hollande (c'est-à-dire le récépissé délivré par les forces de police après un contrôle d’identité), ni sa continuité dans les tracasseries concernant les personnes souhaitant obtenir un permis de séjour, ni cette mise en scène du risque terroriste islamiste (et ce silence sur le terrorisme en Corse qui ne cesse de tuer) qui produit une angoisse permanente téléscopant tous les débats sérieux, etc... Non.
Nous aborderons ici la posture, ou l’imposture laïque, de M. Valls, cette façon de concevoir l’exigence laïque à géométrie variable. Comment désormais prendre au sérieux ses déclarations appelant à une "République intransigeante" ou encore à une "laïcité exigeante" ? L'enflure du propos contraste avec ses actes. Il n’est d’ailleurs même pas l’héritier de Georges Clémenceau tel qu’il voudrait le faire croire. Nous l'expliquerons à la fin de ce billet. A propos de laïcité, il faut parler clair et il faut agir juste. Si l'on veut être compris de la part de ceux qui auraient la tentation de ne pas respecter nos lois laïques (et il est bien réel qu'ils existent), il faut soi-même être exemplaire.
Ironie ultime de l’histoire. Manuel Valls aime à raconter, devant ceux qui ne connaissent pas bien le passé, qu’il se réclame de Georges Clémenceau. Là aussi, l’imposture totale pointe le nez. De ce dernier, Valls ne retient que le Ministre de l’intérieur réprimant les mineurs en grève en 1906 et en désaccord avec Jean Jaurès, ce qui est déjà assez pitoyable pour un socialiste.
Manuel Valls ferait mieux de se souvenir de deux actes bien plus intéressants de Clémenceau. Premièrement, en 1885, il s’oppose à Jules Ferry lors du débat parlementaire sur la politique coloniale. Avec courage, Georges Clémenceau ne voulait pas que la France envoie des troupes au Tonkin notamment, mais aussi à Madagascar. A cette occasion, il prononça un magnifique discours anti-colonialiste. Difficile donc, pour Manuel Valls, d’être en claire cohérence avec Clémenceau en allant rendre hommage à un homme qui, certes pour des raisons religieuses et non militaires, participa à l’aventure coloniale ouverte par le vote de 1885.
Deuxièmement, à la différence de M. Valls, Georges Clémenceau était un laïque conséquent. Au lendemain de la première guerre mondiale, il refusa toute présence officielle de son gouvernement à un Te Deum à Notre-Dame de Paris, donné en hommage aux morts. C’était pour lui une question de principe.
Il y a un siècle, on appelait Clémenceau « le tigre ». Aujourd’hui, concernant la laicité, comment nommer Manuel Valls ? Le tigre de papier ? Le chat qui miaule pour plaire aux religieux ? Si, le 21 octobre, il se rend au Vatican, il montrera une nouvelle fois à quel point le mot de « laïcité » n’a aucune signification dans sa bouche. Dans une France secouée par la montée des communautarismes, son attitude serait irresponsable.
Par PCF.