Parés à la manœuvre !
Mes lignes sont écrites en chemin vers Strasbourg pour la session parlementaire. Juste avant que Nicolas Sarkozy nous fasse la surprise du siècle ! Je parle de deux événements qui m’ont marqués ces jours-ci. Puis je donne des consignes. Ce n’est pas souvent, n’est-ce pas ? Je ne parle pas pour l’instant de notre rendez-vous national le 18 mars pour prendre la Bastille. La date et le lieu sont confirmés et beaucoup s’organisent déjà pour faire une belle montée en masse. Non, ici il est question du bras de fer sur le vote du 21 février à l’Assemblée sur le « Mécanisme européen de stabilité financière ». Il y a du travail à se partager. Tout le monde sur le pont paré à la manœuvre !
Un insupportable suspense prend fin. Pendant des mois le peuple inquiet se demandait si Nicolas Sarkozy serait candidat. Certes, quelques sournois, dans chaque camp, espéraient en être débarrassés par jet de l’éponge ! Mais tous les autres retenaient leur souffle ! Les derniers jours furent nerveusement les pires. Serait-il candidat à Paris ou ailleurs ? A cheval ou en voiture ? Assis ou debout ? Quant aux dernières heures ce fut intenable : parlerait-il à vingt heures pile ou bien à vingt heures quinze. Une transe, avant la libération ! Ouf, c’est fait ! Sonnez hautbois ! Résonnez musettes ! Mille clameurs s’élèvent au ciel. Mais que se passe-t-il ? La pièce serait jouée et ce serait comme si de rien n’était. Pourquoi cet homme si surprenant commencerait-t-il si fade ? Nous attendons maintenant qu’il fasse tourner des ballons sur son nez et qu’il saute à travers des cerceaux en feu. Sinon, comment pourrait-il faire le spectacle ? Le spectacle.
Ce jour est laid. Il était neuf heures et demie et j’ai traversé la rue en face de la station de métro Invalides pour aller vers le Grand Palais où je tenais une conférence pour la presse étrangère. Dans le petit square côté terminal d’Air France, là où est le fameux restaurant du tout-Paris parlementaire, à cinquante mètres de l’Assemblée Nationale, un grand nombre de pigeons s’étaient assemblés sur le sol. Un grand nombre. Ils n’avaient pas l’air du tout agités. Je note une voiture de la ville de Paris où s’active au téléphone un homme au visage bouleversé. Je vois une voiture de pompiers sans sirène qui s’approche. Au milieu des pigeons il y a un tas de couvertures. Et un homme au milieu, étalé au sol. Il est mort. Les pigeons sont sa dernière compagnie, à neuf heures et demie du matin, à deux pas du restaurant célèbre, juste à côté de l’Assemblée Nationale. Mais le spectacle continue. Les morts de la rue, les morts de la rue, sont libérés de la mort du cœur, celle qui, après un tel scandale, n’empêche plus de dormir. La suite...