Petroplus : la justice prononce la liquidation de la raffinerie.
La justice a prononcé mardi la liquidation de la raffinerie Petroplus qui emploie 470 personnes à Petit-Couronne (Seine-Maritime) malgré deux offres de reprise, déclenchant la colère des salariés, mais elle a laissé à de nouveaux repreneurs la possibilité de se manifester jusqu'au 5 novembre.
"Aujourd'hui, c'est 2.000 familles qui ont perdu leur emploi (sous-traitants inclus, ndlr). On (le tribunal, l'Etat ndlr) nous a lâchés", a estimé Yvon Scornet, porte-parole de l'intersyndicale CGT-CFDT-CFE/CGC à la sortie d'une audience à huis clos de trois heures et demi à Rouen.
Les juges ont rejeté mardi matin les deux offres de reprises qui lui avaient été présentées, celle de NetOil, dont le siège est à Dubaï, et dont M. Scornet a regretté le rejet, et celle d'Alafandi Petroleum Group (APG), basé à Hong Kong.
"Il faut qu'on sauve cette usine. On n'a pas le droit de la fermer. Je préfère mourir. Ca fait des mois qu'on y travaille tous les jours. On a pris une centaine de contacts depuis le début", a poursuivi le syndicaliste d'une voie étranglée, entre volonté d'y croire encore et désespoir, devant quelque 200 personnes.
Le tribunal de commerce "a décidé la liquidation avec poursuite d'activité de deux mois, pour les besoins de la liquidation, la mise en sécurité du site, on ne ferme pas une raffinerie du jour au lendemain". Les juges ont aussi permis, dans leur jugement, à d'éventuels repreneurs de se "faire connaître avant le 5 novembre", selon l'avocat des salariés Me Jean-Marie Valentin.
La direction du site a confirmé ces éléments dans un communiqué.
Colère, insultes:
Nombre de manifestants devant le tribunal ont exprimé verbalement leur colère voire insulté les juges et le gouvernement à l'annonce du jugement. "Nationalisation", "que le tribunal sorte", lançaient certains. D'autres menaçaient d'aller bloquer un dépôt de carburants.
"Le tribunal a estimé que NetOil n'avait pas répondu à un ensemble de questions et n'avait pas démontré ses capacités financières. Quant à APG, il n'y avait rien" dans cette offre, a ajouté Me Valentin, interrogé par l'AFP.
"Celui qui nous a jetés à la rue c'est Shell. Il s'en tire bien. Il économise les 200 à 260 millions que coûterait une dépollution du site", a ajouté Jean-Luc Brouté, un autre syndicaliste CGT au micro, devant le tribunal.
Shell a été propriétaire de la raffinerie, dont la capacité de distillation primaire est de 6 millions de tonnes, de sa création en 1929, à sa vente à Petroplus en 2008. Le groupe suisse a annoncé des restructurations il y a un an, puis sa mise en vente en janvier dernier.
Me Valentin a dénoncé "l'agressivité" selon lui du procureur lors de l'audience vis-à-vis de M. Scornet. "Il lui a dit que sa volonté de rachat du site ne pouvait aller jusqu'à la cécité. Quand Arnaud Montebourg appuie le processus de reprise, on ne l'accuse pas de cécité", a-t-il dit.
Le député PS de Seine-Maritime, Guillaume Bachelay, a estimé devant les manifestants qu'il y avait toujours "une bataille à mener" car le site "possède tout le savoir-faire" pour assurer son avenir industriel, comme l'a prouvé selon lui le redémarrage par les salariés de la raffinerie en juillet, après son arrêt quelques mois auparavant.
"Il y a un enjeu absolument majeur, sur le plan social, sur le plan de la sécurité puisque c'est un site Seveso 2, et aussi sur le plan de l'indépendance énergétique de la France et de l'Europe qui doit protéger son industrie de la concurrence déloyale" dans ce domaine, avait-il estimé dans la matinée.
Selon la CGT, au total avec les emplois induits, 4.500 familles sont concernées par le sort de la raffinerie.