Quand les auditeurs coupent la chique des économistes.

Publié le par Section Pcf Vierzon

Interrogés par des auditeurs de France inter, Charles Wyplosz et Christian de Boissieu récitent quelques grands mots mais refusent de remettre en cause «l'ordre naturel» d'une économie qui a prouvé ses limites. ominique, de Paris, s'excuse auprès des économistes. «Je dois être très bête, je suis certainement un Français moyen mais je ne comprends pas, avoue l'auditeur sur l'antenne de France inter ce jeudi 22 octobre au matin. Comment pouvez-vous affirmer que nous sortons de la crise, alors que chaque jour, dans la presse européenne, on annonce des milliers et des milliers de suppressions d'emplois ? » Charles Wyplosz prend un doux ton de docteur de la foi : «vous avez à la fois raison et tort, corrige-t-il. Le chômage reflète la situation économique mais avec retard. Le chômage monte et il va continuer à monter. On est dans l'ordre normal, naturel des choses. »
Les milliers de milliers de chômeurs égarés dans le discours des économistes.
L'économiste se tait et le «Français moyen», l'auditeur au bout de son téléphone, n'a qu'à se débrouiller avec ça : l'économie se fait sans lui, qu'il le veuille ou non ! L'économie se redresse, qu'il soit au chômage ou sous payée, l'économie reprend et il n'a pas à comprendre car c'est «naturel». Nicolas Demorand demande à Dominique : «convaincu par l'explication ?
-Non, absolument pas ! Se révolte l'auditeur au bout de son fil. Parce que ça va aller beaucoup mieux pour les banques et les investisseurs financiers qui nous ont mis dans la, excusez-moi de l'expression (Dominique ne peut pas s'empêcher de s'excuser), dans la merde mondiale dans laquelle nous sommes. Depuis Genève vous devez avoir une vision très particulière du monde. »
Très différente en effet. Et quand la parole passe du professeur d'économie de Genève au professeur d'économie de La Sorbonne, le régulateur des banques Christian de Boissieu, l'expert parle des prévisions du FMI, d'effets sectoriels, «par exemple dans l'aviation»... Les milliers de milliers de chômeurs de Dominique ont été perdus en chemin. Pas une seconde l'économiste ne semble s'être demandé si l'auditeur ne posait pas LA bonne question.
Remettre en cause ses idées... jusqu'à ce qu'on demande de les appliquer
Mais un nouvel auditeur (Eric) revient bousculer les économistes : « Qu'est-ce que la crise a remis en cause dans vos convictions puisque vous étiez des experts avant la crise et apparemment vous continuez d'être des experts après la crise? »

Silence. Christian de Boissieu prend la parole, un peu gêné, «je ne crois pas avoir dit que tout allait revenir comme avant», se défend-il avant de parler du G20 de Pittsburgh et de la régulation financière. Mais ses convictions à lui ? Il pensait que «les comportements déviants» n'étaient pas aussi répandus. «Quand on fait de la prévision, on a de bonnes chances de se planter», s'évade-t-il du débat.

Wyplosz, lui, bafouille un «euh...» avant de pondérer : « Il va falloir des années avant qu'on ait compris tout ce qu'il s'était passé et tout ce que nous n'avions pas compris. » Mais quand on leur parle de séparer banques de dépôt et banques d'investissement, les économistes font machine arrière, parlant de ces «murailles de Chine» érigées après la crise de 1929 pour se protéger de la crise, qui sont «si difficiles à entretenir».

Ils remettent en cause leurs idées... jusqu'à ce qu'on leur propose de les appliquer. Dominique, lui, s'excusait de questionner les économistes. Les économistes, eux, ne s'excusent pas de ne pas avoir remis en question leurs schémas.

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Publié dans Dans la presse.

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