Sondage Ifop/Le Figaro sur la sécurité : la méthode en question
On a rarement d'aussi grosses surprises le matin du 6 août : les diverses mesures sécuritaires proposées par Nicolas Sarkozy et l'UMP réaliseraient un « carton plein » chez les Français, même de gauche. C'est Le Figaro qui estime que le Président « cartonne », en commentant le sondage qu'il a commandé à l'institut Ifop.
Ce sondage a tellement « cartonné » dans les médias qu'il en a éclipsé un autre, réalisé en même temps par CSA et paru le même matin dans L'Humanité. Il comprend deux questions comparables, qui suscitent pourtant des réponses différentes.
Car les gens doivent ensuite entrer dans les quotas. Une fois qu'un quota (par exemple, homme de 35 à 49 ans vivant dans une commune de 2 000 à 20 000 habitants) est rempli, les autres personnes répondant aux mêmes critères sont refusées. Tant pis si elles pensent différemment. Les gens disent aussi de quel parti ils se sentent les plus proches. Il n'existe aucun moyen de vérifier que l'homme a vraiment 42 ans et vit dans une commune de cette taille.
Ensuite, pour parvenir à une représentativité de l'opinion des Français dans leur ensemble, les données sont projetées par rapport aux résultats du dernier scrutin national, à savoir la présidentielle de 2007.
Les questions sont-elles biaisées ?
Dans L'Humanité-CSA et Le Figaro-Ifop, deux questions portent sur le même sujet : les Roms et l'atteinte à la vie de représentants de l'ordre par des personnes d'origine étrangère.
Pour la seconde, Le Figaro parvient à 70% d'opinions « favorables » au retrait de la nationalité de ces dernières, et 50% chez les sympathisants de gauche. Dans L'Humanité, 57% de l'ensemble « des Français » trouvent que c'est « nécessaire », 37% de gauche et, séparément, 51% d'extrême gauche.
Même phénomène pour le démantèlement des camps de Roms : 79% « des Français » y sont « favorables » dans Le Figaro, et 60% à gauche. Dans L'Humanité, 62% « des Français » jugent cette mesure « nécessaire », 43% à l'extrême gauche et 45% à gauche.
Pourquoi ? D'une part, les questions sont libellées très différemment. Elles sont beaucoup plus longues et précises dans L'Humanité, qui ne s'est intéressé qu'à ces deux questions et à plusieurs de leurs implications.
D'autre part, les questions de l'Ifop/Le Figaro sont « biaisées », selon nos deux experts. Ainsi, sur les Roms, « êtes-vous très favorable, plutôt favorable, plutôt opposé ou très opposé [au] démantèlement des camps illégaux des Roms ? »
« La réponse est dans la question ! », remarque Richard Brousse. « Comme les camps sont illégaux, on pourrait être étonné que 100% des sondés n'aient pas répondu favorablement. »
Frédéric Micheau répond que « si on n'avait pas précisé qu'ils sont illégaux, on aurait introduit un biais ». On lui demande pourquoi la question n'était pas, par exemple, de savoir si les gens sont favorables au respect de la loi qui oblige certaines communes à aménager des terrains d'accueil pour les Roms :
« C'est vrai, on aurait pu la poser. Mais on est obligé de faire des choix, et tous les choix sont mutilants [sic]. »
Proposées par l'institut, les questions font ensuite l'objet d'une discussion avec son client, le journal.
Autre curiosité, l'absence de possibilité de ne pas se prononcer. Le fameux « NSP ». Réponse de l'Ifop :
« Par téléphone, nous avons en moyenne 5% de NSP. Sur Internet ou dans les sondages par papier, ce taux est trois ou quatre fois supérieur, car c'est un “item-refuge” [un élément-refuge, ndlr] pour le sondé. Ça équivaut donc à recueillir des opinions faussées, et ce serait une faute professionnelle. »
« Les sondés par Internet sont des gens impliqués »
Jean-Daniel Lévy, de CSA, constate exactement le contraire :
« Il y a un peu moins de NSP que par téléphone, parce que les sondés par Internet sont des gens impliqués, qui portent un regard plus acéré sur la politique. »
Mais les méthodes des deux instituts (e-mails ou panel) sont différentes.
Dr Panel estime que ce sondage est « populiste » :
« A cause de la manière dont les questions sont rédigées, c'est la gravité des problèmes qui est plébiscitée, pas la pertinence des solutions proposées. Evidemment que je suis contre l'excision et l'assassinat de policiers ou de gendarmes, c'est horrible ! »
La méthode pèche, donc. « Mais rien ne prouve que les gens sondés par l'Ifop aient des opinions différentes des autres Français », conclut Dr Panel.
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