Un instituteur donne son salaire aux grévistes de la raffinerie de Grandpuits.
C’est le plus gros don effectué par un particulier aux grévistes de Grandpuits depuis le lancement, le 12 octobre, de leur mouvement contre la réforme des retraites. Jean-Baptiste Reddé, un instituteur parisien, a débarqué hier matin à la raffinerie Total avec une liasse de billets de 100 € dans la poche. Sous l’œil incrédule des ouvriers groupés autour du feu, il a remis 2400 € à l’intersyndicale.
« Dans la vie, il faut être généreux », a-t-il fanfaronné, en entamant une distribution de croissants.
Cet enseignant de 53 ans a collecté 400 € auprès de ses collègues. Le reste, il l’a mis de sa poche. Ce qui représente l’équivalent d’un mois de salaire d’un professeur des écoles avec quinze ans d’ancienneté. « C’est énorme », lâche, un sourire en coin, un technicien en le voyant sortir ses billets. « Mon père était un radin. Lorsqu’il est mort, j’ai hérité de ce qu’il a mis de côté. Cet argent me permet aujourd’hui de soutenir le mouvement », lâche, sans ambages, ce grand brun affublé d’un bonnet abeille.
Figure bien connu des défilés parisiens, souvent photographié avec ses grandes pancartes multicolores, Jean-Baptiste Reddé a été ces dernières semaines de toutes les manifestations. Mardi, il était devant le Sénat, cet après-midi, il participera à la journée nationale de mobilisation. « Lorsqu’ils me voient, Bernard Thibault (secrétaire général de la CGT) et François Chérèque (son homologue de la CFDT) me serrent la main », prétend-il. Mais, contrairement à la plupart des sympathisants de Grandpuits, il n’est pas syndiqué et encore moins encarté dans un parti politique.
« Des dons, nous avons reçu beaucoup. Mais il s’agit de petites sommes versées, pour la plupart, par des gens qui ne peuvent pas se permettre de faire grève », commente Laurent Lelong, un opérateur du service expédition. « Il a sûrement voulu se faire un coup de pub », grince un syndicaliste. Car l’instituteur est également un poète connu sous le nom de Voltuan. Jean-Baptiste Reddé s’en défend : « Je fais cela tout simplement parce que j’estime que leur cause est juste. »