VOTER ET FAIRE VOTER POUR LE FRONT DE GAUCHE.
Contrairement à ce qu’affirme Vincent Peillon, le 7 juin 2009 ne s’apparente pas au 21 avril 2002. Ne serait-ce que parce que le FN est descendu à 6,34% des voix, soit 3,4 points en moins par rapport aux élections européennes de 2004 ; et parce que le mode de scrutin ainsi que les enjeux de dimanche dernier ne sont en rien comparables à la Présidentielle de triste mémoire, qui vit la gauche éliminée du second tour.
En revanche, le 7 juin est une réplique du séisme du 29 novembre 2005, date du referendum par lequel le peuple français rejeta massivement le « traité constitutionnel » de l’UE. Car le parti amplement majoritaire aux européennes de 2009 est celui des abstentionnistes, avec un taux de non-participation de près de 60%, alors qu’il n’était que de 39% en 1979 lors de la première élection au suffrage universel du Parlement de Strasbourg. En vingt ans, les désillusions, voire le dégoût, se sont emparés d’une majorité d’électeurs face à une « construction européenne » ultra-libérale et aux dénis de démocratie qui en jalonnent la route.
Produit d’une scandaleuse alchimie, le « non » de 2005 s’est transformé en approbation par le Congrès réuni à Versailles du traité de Lisbonne, copie conforme du précédent. A l’initiative de Sarkozy et avec la complicité d’une majorité de parlementaires socialistes et Verts. On comprend, dans ces conditions, que les Français n’aient plus guère envie de voter dès qu’il s’agit d’Europe, une Europe qu’une large majorité d’entre eux, d’après un récent sondage, juge impropre à les protéger de la crise économique.
Les résultats du scrutin du 7 juin relèvent donc du trompe-l’oeil, à commencer par le « succès » de l’UMP. Si l’on fait abstraction du coup de com’ consistant à chanter « on est les premiers, on a gagné ! », force est de constater que la droite de gouvernement se présentait pour la première fois en une seule formation à un scrutin à la proportionnelle et qu’elle n’y a récolté que 27, 87% des suffrages exprimés. Elirait-on l’Assemblée Nationale de cette manière qu’il n’y aurait plus de majorité Présidentielle !
A gauche, il convient de remarquer la permanence d’un socle électoral d’une douzaine de pourcents en faveur de la gauche antilibérale (FG+NPA+LO). Le résultat du Front de Gauche est encourageant, malgré le boycott médiatique dont il a été victime durant toute la campagne : avec 6, 58% des voix, il obtient l’élection de cinq députés.
L’unité dans la diversité est à nouveau au cœur d’une alternative Populaire, alors que preuve est faite que le sectarisme ne paie pas.
Mais le fait majeur de cette élection est sans nul doute l’hémorragie dont souffre le Parti socialiste et qui profite à la liste Europe Ecologie.
Le PS paie le prix de l’ambiguïté et des querelles personnelles qu’il traîne depuis le congrès de Reims. S’allier au centre ou à gauche, persister dans le cours social-libéral ou participer à l’élaboration de l’alternative populaire : les socialistes vont devoir choisir ; ils ne le feront pas sans douleur ni divisions. D’autant que le marais écolo-centriste, cautionné par d’anciennes personnalités de gauche, exerce une forte attirance sur l’électorat de classe moyenne. En témoignent, de façon éclatante, les résultats du 7 juin à Paris, où Europe Ecologie totalise 27, 46% tandis que le PS arrive loin derrière avec 14,7%.
Une nouvelle doxa prend corps, alimentée par l’air du temps, qui fonde l’apparition d’un « capitalisme vert » dont quelques vedettes de la finance, tel Pinault, le mécène d’Arthus-Bertrand, se font les chantres. Le développement durable, alibi à une relance de la consommation, à la mise en place de nouvelles productions et à l’accumulation de nouveaux bénéfices, il fallait y penser…Sans entrer dans le débat, fort complexe, autour du développement et de ses conséquences environnementales, nous rejoindrons Gérard Filoche lorsqu’il dit que « pour sauver la banquise, il faut d’abord être contre les banquiers ».
Rassembler, clarifier, tels sont les maîtres mots de la période. Aucune grande avancée de la gauche n’a eu lieu en France sans rassemblement, sans faire converger l’identité de chaque formation, tout en la respectant, en une force plus grande. Le Front de Gauche pour incarner l’avenir doit s’élargir à tous les niveaux et donner à cette diversité les moyens de s’exprimer dans la cohérence du combat commun. Il lui faut aussi préciser son programme, mettre en relief ses propositions principales, les rendre populaires.
Le principal acquis du 7 juin, c’est d’avoir ouvert la voie…