Absentéisme : et si, tout simplement, on intéressait les élèves à leur formation ?

Publié le par Section Pcf Vierzon

Au rectorat de Créteil, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées. De drôles d’idées même, comme celle révélée hier par le Parisien, qui annonce la mise en place, à partir de lundi, dans trois établissements tests, d’une « cagnotte collective » par classe pour lutter contre l’absentéisme scolaire.

L’information a été confirmée hier par un représentant du haut-commissaire à la Jeunesse, dont les services financent cette initiative douteuse. Déjà expérimenté en Grande-Bretagne, le principe est relativement simple : les classes choisies se voient attribuer une somme de 2 000 euros au début de l’année, qui peut enfler jusqu’à 10 000 euros si les élèves font preuve d’assiduité. Un bonus de 800 euros est même prévu si la classe se montre attentive et motivée…

« On veut responsabiliser les élèves, en leur disant que la réalisation de projets qui les intéressent est conditionnée par leur présence et leur implication dans l’établissement », explique Jean-Michel Blanquer, recteur de l’académie de Créteil, dans le Parisien. Fort heureusement, en effet, ce n’est pas un simple chèque que les élèves recevront à la fin de l’année, mais la possibilité de financer « un voyage scolaire, la création d’entreprise ou d’association, une action sociale, l’aménagement de classe ou encore l’achat de matériel informatique, sportif ou culturel », détaille le haut-commissariat à la Jeunesse. Ce dispositif, lancé dans trois lycées professionnels d’Île-de-France s’inscrit parmi les 165 projets présentés en juillet dernier pour le lancement du Fonds d’expérimentation pour la jeunesse, qui bénéficie d’une enveloppe de 65 millions d’euros. Il ne s’agit ni d’une aide financière ni d’une allocation d’autonomie pour éviter que des élèves soient obligés de travailler pour financer leurs études mais d’une perversion du sens de l’Ecole et des objectifs que l’Education nationale doit assigner aux études ou à une formation.

Lancée sans aucune concertation ni information préalable, la mesure fait tousser, c’est le moins que l’on puisse dire, les syndicats enseignants. « D’abord, je suis étonné qu’il y ait de telles sommes à dépenser, s’indigne Gérard Rumeau, enseignant au lycée professionnel Denis-Papin à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) et secrétaire académique du SNUEP-FSU. Sur le fond ensuite, ce chèque cadeau aux élèves, c’est pitoyable ! Quel manque d’imagination ! Et puis surtout, ce n’est pas la bonne réponse. S’il y a absentéisme dans les filières professionnelles, c’est d’abord parce qu’il y a un problème d’orientation. On bourre les classes dans des filières que les élèves ne souhaitent pas forcément, en comptabilité, secrétariat, vente… C’est cela qui produit de l’absentéisme. Quand ils choisissent leur filière, les élèves viennent en cours. »

Un problème qui menace donc de s’aggraver avec l’entrée en vigueur, en cette rentrée 2009, de la réforme du bac pro. En même temps qu’elle impose de passer celui-ci en trois ans au lieu de quatre, cette réforme a aussi, pour des raisons budgétaires, conduit à la suppression de nombreuses filières. D’où peut-être les inquiétudes de l’administration sur l’assiduité future des lycéens…

Au-delà, les syndicats fustigent le symbole véhiculé par une telle mesure. Secrétaire national du SNEETA-EIL, premier syndicat de l’enseignement professionnel, Pascal Vivier rappelle que « l’école n’est pas une marchandise. C’est à elle d’attirer les élèves en cours, à l’État d’aider les familles en difficulté, grâce aux bourses, mais en aucun cas via ce type d’incitation financière. Qu’on multiplie les moyens, qu’on dédouble les classes, souvent surchargées, qu’on nous permette de mieux suivre les élèves. Là, on leur rendra vraiment service. »

 

Depuis longtemps, la FCPE dénonce les causes de l’absentéisme des élèves en lycée professionnel. Promettre de l’argent aux élèves pour qu’ils soient présents en cours n’y changera rien !

Sans compter les nombreux effets pervers qu’une telle mesure risque de générer, en particulier dans les relations entre élèves d’une même classe ou d’un même établissement.

Puisque l’on se préoccupe de la déscolarisation des élèves absentéistes, n’oublions pas les élèves déscolarisés faute d’affectation !

 

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Publié dans VIE du PARTI

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