Il y a vingt ans, s'effondrait le Mur de Berlin.
Les murs de séparation dans le monde.
Entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la fin de la guerre froide, 21 murs ont été construits entre des États. Outre le mur de Berlin, qui a incarné l'époque à lui seul, se trouvent parmi eux un mur en Bavière entre la Tchécoslovaquie et l'Allemagne, un autre au Panama autour de l'enclave américaine, mais également un autre en Algérie (avec les lignes Morice, Challe et Pédron) et un autre entre les deux Vietnams, ils ont été démantelés.
Par contre, un certain nombre d'entre eux « onze » ont survécu à la chute du mur de Berlin et à la fin de la guerre froide, comme ceux
qui s'élevaient entre l'Afrique du Sud, le Mozambique et le Zimbabwe, entre la Syrie et la Turquie, entre la Chine et Hong Kong-Macao, dans la zone démilitarisée entre les deux Corées, le long de la ligne de partage de l'île de Chypre, à Cuba pour border la base de Guantánamo, à Gibraltar, ou encore le fameux Berm qui dessine une longue cicatrice dans le sable du Sahara occidental.
Dans l'euphorie de l'après-guerre froide, avec l'avènement d'un monde sans frontières et la mondialisation des échanges, seuls six murs se sont ajoutés entre 1991 et 2001: entre le Koweït et l'Irak, entre les États-Unis et le Mexique, autour des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au Maroc, ainsi qu'à la frontières entre l'Ouzbékistan et le Kirghizistan. Les motivations sont alors multiples: stabilisation régionale, contrôle des frontières, maîtrise des flux migratoires ou encore difficultés liées à l'établissement d'États-nations en Asie centrale.
Tandis que l'enthousiasme apparu à la fin des années 1980 s'érode au fil de la décennie qui suit, les événements de 2001 marquent une césure. Le virage sécuritaire qui en découle entraîne dans son sillage la construction (ou la relance) de 24 murs en Asie centrale, au Moyen-Orient, en Asie du Sud-Est et en Afrique subsaharienne.
Ainsi, si tous les projets en cours devaient aboutir, ce sont près de 26 000 kilomètres de barrières qui définiraient désormais des limites entre États, soit l'équivalent d'un aller-retour entre Montréal et l'Australie.
La mondialisation a donc atteint ses limites, le discours d'un monde sans frontière demeurant limité à quelques ensembles économiques comme l'Union européenne et, dans une moindre mesure, l'ALENA (qui n'a pas l'équivalent d'un espace Schengen).
Si quelques murs ont des visées antiterroristes, la plupart ont une fonction anti migratoire: il ne s'agit plus d'empêcher de sortir (mur de Berlin) ou de prévenir les invasions (mur d'Hadrien, Grande Muraille de Chine), mais bien d'empêcher l'entrée de migrants jugés indésirables. Les nouveaux murs incarnent le paradoxe de la mondialisation: dans un monde aux contours plus flous, les fortifications sécurisent les populations et permettent aux gouvernements qui les érigent de montrer de manière tangible qu'ils sont proactifs.
A l'heure de la mondialisation, certains pays font le choix d'un repli sur eux-mêmes qui se traduit parfois par la construction de murs de séparation censés les protéger de voisins jugés "dangereux".
Cette volonté de cloisonnement est présente un peu partout dans le monde : le Pakistan construit une barrière le long de sa frontière avec l'Afghanistan, les Etats-Unis ont déjà construit 300 kilomètres de mur pour fortifier leur frontière avec le Mexique et, le 10 avril 2007, ils ont entrepris à Bagdad la construction d'un mur qui séparera les quartiers sunnites et chiites. Autre lieu de tensions, où s'érige un mur, Chypre, dont une partie du territoire est contestée par la Turquie. Cette dernière, candidate à l'entrée dans l'Union européenne, a construit une barrière afin de délimiter le territoire qu'elle revendique sur l'île chypriote.
Dresser ce genre de mur n'est pas une idée nouvelle : en 2004, l'Inde a édifié un mur au Cachemire, la Chine en a fait de même pour se prémunir de l'immigration nord-coréenne, et, depuis 2002, Israël continue d'enclore les Territoires Palestiniens. Fin 2008, un mur de trois mètres de haut devrait séparer la Georgie de l'Abkhazie dont l'indépendance a été reconnue par Moscou.
Pourtant, ces murs sont à chaque fois un aveu de faiblesse de ceux qui les dressent, qui espèrent ainsi se créer un rempart de dernier recours, et ce malgré la chute du mur de Berlin en 1989 qui avait prouvé l'échec de ce genre de partition. Reste le cas fameux de l'Irlande, où, depuis plus de trente ans, des dizaines de murs séparent catholiques et protestants. Des rues ont été coupées afin de mettre un terme aux jets de projectiles, pierres, cocktails Molotov, grenades, etc. Des quartiers entiers de Belfast ont été défigurés, des maisons rasées et des habitants expulsés pour permettre la construction de ces murs.