L’Élysée censure les sénateurs.

Publié le par Section Pcf Vierzon

Une nouvelle fois il a osé. Sur injonction du président de la République Nicolas Sarkozy, le ministre du Travail, Éric Woerth, est monté hier après midi à la tribune du Sénat pour annoncer la décision présidentielle de recourir à une procédure de vote bloqué afin d’accélérer les débats sur les retraites et de parvenir au plus vite au vote du projet de loi gouvernemental.

Second coup de force après celui de l’Assemblée

Immédiatement, les sénateurs de gauche sont montés à la tribune pour dénoncer ce nouveau coup de force du pouvoir qui, visiblement, n’en peut plus de voir perdurer un débat au Parlement qui se fait chaque jour un peu plus fort le relais des millions de manifestants contre le projet gouvernemental. S’adressant au président (UMP) du Sénat, Gérard Larcher, Jean-Pierre Bel, président du groupe PS, a déclaré : « Vous n’avez pas résisté longtemps aux exigences présidentielles. Comme à l’Assemblée nationale, vous utilisez une procédure exceptionnelle pour nous empêcher de mener sereinement et jusqu’au bout nos débats. »

Il y a trois semaines, à l’Assemblée nationale, le président (UMP) Bernard Accoyer avait mis fin arbitrairement au débat, craignant déjà que le débat parlementaire et les démonstrations, article après article, des députés de gauche sur l’injustice et l’iniquité du projet de loi ne contribuent à éclairer le mouvement social et facilite sa mobilisation.

« Une faute politique, une violence faite au Sénat »

C’est le même objectif qui est poursuivi aujourd’hui au Sénat. Devant le développement de la colère sociale, l’élargissement et l’enracinement du mouvement d’opposition à cette réforme, l’écho rencontré par la demande de suspendre les débats sur le projet, de remettre tout à plat et d’engager de véritables négociations avec les syndicats, le pouvoir devient de plus en plus fébrile. Il prend peur et tente d’en finir au plus vite avec cette réforme avant que cela ne devienne intenable pour lui. C’est la raison d’être de cet acte antidémocratique, selon Nicole Borvo Cohen-Seat, présidente du groupe communiste et du Parti de gauche : « Aux manifestants, au peuple qui rejettent votre réforme, aux syndicats qui demandent l’ouverture de négociations, vous répondez par une véritable provocation. » Elle ajoute, à l’attention d’Éric Woerth qui « n’a eu de cesse d’expliquer qu’il n’y avait pas d’alternative à son projet », que c’est justement au moment où « nous allions aborder les articles additionnels qui portent sur nos propositions financières garantissant la retraite à 
60 ans que vous faites ce coup de force ! ». Pour Yvon Collin, sénateur des radicaux de gauche, « c’est une faute politique, une violence faite au Sénat ».

L’Élysée veut intimider l’opinion et les syndicats

En effet, cette procédure conduit, sur les 250 amendements restants, à ce qu’un seul sénateur puisse s’exprimer. Au-delà de l’intention d’en finir au Sénat, vendredi, pour un vote définitif du Parlement mardi ou mercredi prochain, cette initiative présidentielle est avant tout politique. Elle vise à signifier à l’opinion et aux organisations syndicales, à l’heure où celles-ci se réunissaient, hier, pour décider de la poursuite du mouvement, la détermination de l’Élysée. Pas sûr que cet acte d’autoritarisme ne se retourne pas finalement contre un gouvernement qui perd, en fragilisant la démocratie parlementaire, de plus en plus de légitimité.

Publicité

Publié dans POLITIQUE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article