Zone de turbulences.

Publié le par Section Pcf Vierzon

Accrochez vos ceintures, cela va secouer dans les mois qui viennent. Nous entrons dans une zone de hautes turbulences. En politique, le temps est une matière souple qui se dilate ou se contracte selon les périodes. Désormais, les choses vont s’accélérer. Nous prenons les paris que dans six mois le décor politique actuel se sera effondré et qu’un nouveau aura pris place. Il ne restera plus qu’un paysage institutionnel délégitimé, détaché de toutes bases sociales et électorales réelles, effrayé par l’approche des échéances électorales de 2012.

L’UMP a été foudroyé par les deux scrutins des cantonales. Indignés par les conséquences de sa politique libérale qui détruit la plupart des acquis sociaux et profite à une minorité de privilégiés au comportement honteux, son électorat s’éloigne et tout particulièrement sa frange la plus populaire. La plupart s’abstiennent, mais des morceaux significatifs se tournent vers le Front national. Tous recherchent une solution pour que cela change vite convaincu que « cela ne peut plus continuer ainsi ».

En écrivant cela, nous sommes bien conscient que cela ne profitera pas mécaniquement à la gauche. Loin de là. On l’a vu dimanche 27 mars. Dans un océan de confusion et de colère, les solutions autoritaires et xénophobes peuvent émerger et l’emporter. Obsédés par leurs seules réélections, nombre de députés UMP actuels peuvent forger une nouvelle alliance avec Marine Le Pen. Nicolas Sarkozy dans une impasse peut même y mettre la main. nous n'avons aucune illusion sur le bonhomme. Il n’a aucun principe et fera tout pour être réélu.

Il est même possible que ceux qui refuseront une telle alliance seront à la direction du FN, qui ne voudra en rien être associer à un Président en déliquescence.

Concernant l’extrême droite et ses résultats aux cantonales, il faut être clair. Pour l’heure, elle est d’abord forte de nos faiblesses. A l’occasion du second tour, sur les 402 cantons où il avait pu se maintenir, le Front national passe au total, en comparaison avec dimanche dernier, de 621 837 voix à 915 049 voix. Dans ces cantons là, le FN fait progresser son nombre de voix de près de 47%, soit 10 points supplémentaires. C’est bien sûr inquiétant. Mais, cette progression entre les deux tours avait déjà été constatée dans les mêmes proportions en 2004. La force du FN réside d’abord et avant tout dans l’abstention massive combinée à l’effondrement de l’UMP.

La « poussée » frontiste qui fait la une des journaux, présentée comme le principal évènement de ce scrutin et occultant toutes les autres leçons, représente 6,70 % des électeurs inscrits au premier tour et autour de 20 % au second, dans les cantons les plus favorables. Certes, c’est haut, trop haut. Mais, ce n’est pas vraiment nouveau, hélas.

Le FN progresse le plus entre les deux tours en voix, là où il est confronté à la gauche, et particulièrement à un candidat Front de Gauche. Face à la droite, le FN progresse beaucoup moins et perd tous ces duels. Cela démontre ainsi que c’est essentiellement un électorat de droite qui glisse progressivement vers le vote FN.

La théorie fumeuse, mainte fois répétée, que l’électorat FN est un électorat populaire votant jadis à gauche, ne se vérifie pas dans les faits. Non, les votants frontistes sont d’abord et avant tout des électeurs de droite, ayant voté UMP lors des dernières élections, qui se radicalisent. Nous ne contestons pas qu’il existe des gens ayant voté à gauche qui votent à présent FN. Non, bien sûr. Mais, ils constituent une fraction marginale de cet électorat.

De même, un récent dossier du Nouvel Obs présentant l’entourage intellectuel de Marine Le Pen comme venant de la gauche est une supercherie qui entretient cette théorie. Philippe Cohen, le responsable du site Marianne2 se retrouve même embarqué dans cet aréopage. C’est révoltant d’injurier ainsi un homme, même si on est en désaccord avec lui. Nous disons aux journalistes qui suivent la Présidente du FN d’ouvrir un peu plus les yeux. Là où elle a puisé ses arguments qui ont produit les meilleurs effets médiatiques ces derniers mois sont essentiellement des sites et des officines d’extrême droite. Quelques exemples. C’est sur le site Fdesouche.com  qu’elle a trouvé les extraits du livre de Frédéric Mitterrand racontant ses aventures sexuelles avec un jeune prostitué et qui avait fait scandale lorsqu’elle l’avait révélé sur le plateau de France 2. C’est sur le site Polemia.com (animé par des proches de Jean-Yves Le Gallou) qu’elle a puisé les prétendus « vrais chiffres de l’immigration » qu’elle a présenté lors d’une conférence le 21 février dernier.C’est sur le site Novopress.info qu’elle emprunte régulièrement ses formules chocs. Enfin, c’est sur le site du groupuscule Bloc Identitaire qu’elle a puisé ses tirades « pseudo laïques » et tous les arguments sur les prières de la rue Myrha. C’est cela qui l’inspire et la nourrit et non les classiques de la gauche.

Il est évident que le FN, galvanisé par ses résultats et les sondages pour 2012, est en dynamique. Quelle politique ? Quelle stratégie ? Quel chef ? A ces trois questions face auxquelles la droite traditionnelle semble désorientée, les frontistes apportent désormais des réponses, à priori rustique pour la bourgeoisie bien élevée, mais qui peuvent plaire à certains de ses représentants dans un avenir proche. Quelle que soit la force électorale réelle du FN à l’heure où sont écrites ces lignes, dans la mesure où la droite risque d’imploser, tous les dangers sont possibles à l’avenir.

Mais, gare au catastrophisme. Les ressorts de résistance ne sont pas brisés, mais ils sont faibles. Au soir du premier tour, les dirigeants FN paradaient en étant convaincus qu’ils obtiendraient « entre 10 et 50 Conseillers généraux ». Finalement, ils n’en obtiennent que deux. Les dirigeants les plus emblématiques après Marine Le Pen, le secrétaire général Steeve Briois et son vice-Président Louis Alliot sont tous les deux battus. Pour empêcher leur élection, l’électorat de gauche s’est un peu plus mobilisé, surtout quand le FN était confronté à la gauche. Ce fut le cas, de façon inespérée, à Béziers 4 où la participation a augmenté entre les deux tours de près de 10 %. Mais, cela ne sera pas suffisant à l’avenir. Face à l’extrême droite, rien ne sera possible sans une profonde implication citoyenne. 

Faire de la politique, c’est donc poser des diagnostics et faire des pronostics. Mon diagnostic, et celui du PG, est que la grande instabilité de la situation ouvre toutes les possibilités, je dis bien toutes. Les plus enthousiasmantes comme les plus effrayantes.  Les arrogants de tous bords devraient prendre garde. Ils chuteront de haut.

Notre pronostic et que pour être audible il faut reforger un vocabulaire politique compréhensible et audible pour le plus grand nombre. La stratégie de nos adversaires a été de dénaturer quasiment tout le vocabulaire de notre camp. Beaucoup de mots qui ont fait rêver nos ancêtres politiques inquiètent et repoussent une grande partie du peuple de 2011. Comment y comprendre quelque chose ? Le socialisme ? C’est l’actuel Directeur du Fonds Monétaires International (FMI) qui l’incarnerait en France. Le communisme ? Le stalinisme l’a tâché de sang quelques années après la belle Révolution de 1917. L’écologie ? Elle est souvent incarnée en France par un ancien anarchiste devenu proche de MM. François Bayrou et Jean-Louis Borloo ou encore par un animateur TV lié à de grands groupes privés pollueurs. La République ? Elle est aujourd’hui présidée par un ultra libéral cynique. La laïcité ? Elle est salie par des irresponsables qui habillent de ce mot des propos xénophobes ou des tenants de la « laïcité ouverte » qui veulent financer avec de l’argent public des lieux de cultes. La liste est encore longue. La Raison est régulièrement moquée sur les plateaux télés. Comment s’y reconnaître pour beaucoup de nos concitoyens ? Difficile, très difficile. Dans ce contexte, comme l’écrivait Georges Bernanos : « le crépuscule de la raison engendre des monstres ». Il faut donc reproduire du sens.

Si nous sommes de gauche, si nous ambitionnons de rassembler toute la gauche et rien que la gauche, nous avons aussi pour tâche de nous adresser à des millions de gens qui n’attachent plus aucune importance à ce mot. De nombreuses études récentes attestent que plus de 40 % de la population ne voit plus de différence entre la droite et la gauche. Nous les ramènerons aussi dans le camp de la lutte pour l’émancipation sociale en leur parlant une langue compréhensible, et surtout en faisant des propositions concrètes, en dessinant un nouvel horizon et non seulement en faisant claquer des drapeaux rouges et en scandant des formules et des consignes vides de sens pour eux.

La crise ne vient pas que de la droite. Ce serait trop simple. Si le Directeur du FMI est le candidat du PS, le champ politique et sémantique explosera encore plus. Cette candidature est dangereuse. Nos amis socialistes doivent le comprendre. Le miel des sondages d’aujourd’hui risque d’être bien aigre demain. Nous en convenons, le rejet de Sarkozy est tel que Dominique Strauss-Kahn peut être élu, c’est possible, surtout si il est confronté au second tour à la candidate du FN, scénario envisageable si la droite implose en plusieurs candidatures. Elu peut-être, mais avec qui et pour quelle politique ? . En réalité, cela ne nous rassure pas. Qui peut croire que l’on peut diriger le FMI, pivot des politiques de rigueur budgétaires dans le monde, et se transformer, le temps d’une élection en chef de la gauche française et organiser avec un minimum de volonté une autre répartition des richesses ? Un homme politique n’est pas un acteur de cinéma qui change ses propos en fonction des rôles qu’il doit incarner. Une sorte de Gérard Depardieu passant du rôle de l’ouvrier mineur exploité dans Germinal à celui de petit patron de bistrot collabo dans Uranus puis encore à un autre rôle choisi en fonction de la qualité du texte et de la mise en scène. Non, les électeurs ont de la mémoire. Ils veulent du vrai, de l’authentique. Pas du toc.

Nous posons aussi la question de savoir en compagnie de qui il gouvernerait si Dominique Strauss-Kahn était élu ? Dans le cadre de quelle alliance ? Ne souriez pas. La crise est telle à droite que nous n’excluons pas que certains, sûr de la défaite de Nicolas Sarkozy, le soutiendront dès le premier tour, puis au second dans le cas d’une confrontation avec le FN. Le risque est grand que tout cela serve de prétexte à forger de « nouvelles alliances » pour bâtir un gouvernement composé, en grande partie, de gens de droite. Exagération de notre part ? Pas sûr.

Lors du documentaire de Canal + qui lui était consacré, il y a quelques semaines (assez pitoyable au demeurant) DSK a dit qu’il regrettait que Jacques Delors n’est pas été candidat du PS en 1995. Devons nous rappeler que si ce dernier avait jeté l’éponge, c’est d’abord et avant tout car l’UDF de François Bayrou n’avait pas souhaité le soutenir ?

Une chose est certaine. La dynamique ne peut être du coté de la gauche qui si elle parle clair et fort. Il est temps de commencer la campagne présidentielle. Non, pour personnaliser la réponse en se persuadant qu’un homme providentiel apportera magiquement des solutions. Nous ne sommes pas de cette culture là, aux antipodes de la gauche républicaine qui n’a jamais cru aux sauveurs. Mais, il faut maintenant incarner qu’une autre politique est possible. Il faut un pédagogue de nos idées, qui incarne une rupture avec le système et qui sache nous rassembler.

Tout cela n’a de sens que dans le cadre d’une action collective, respectueuse des histoires de chacun. C’est cela le Front de Gauche. Dans ces cantonales, il est la seule force à gauche à avoir progressé. Nous avons enregistré plus de 250 000 voix par rapport aux régionales de 2010. Notre ligne est juste. A ce stade de notre histoire, nous restons convaincu qu'une candidature "seul" doit être celle qui porte cette orientation dans la prochaine échéance qui vient. Le Conseil national du PCF se réunissant les 8 et 9 avril sur cette question, nous attendons désormais que ses travaux nous aident à franchir une marche supérieure. Perdre du temps, c’est courir le risque de laisser d’autres prendre de l’avance!

BLOG/JMR

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Publié dans POLITIQUE

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