Le Communiste.

Un peu comme un taureau, rugissant par la souffrance due aux coups des picadors, ébloui par le soleil de l’été, il ne peut extraire son regard de la muleta.

Paradoxe, la bête voit rouge dans ces moments de douleur. Elle ne peut se défaire du chiffon, rouge lui aussi, brandi par le matador.

Pis encore, touchée dans sa chair, elle se cabre pour résister. Elle jette ses dernières forces dans un combat qu’elle sait perdu d’avance. Sa majesté peut faire encore illusion. Son courage est admirable. Sa ruse est encore vivace. Son ambition reste intacte.

Quelques spectateurs l’admirent et l’encouragent encore. Mais personne ne s’engage à ses cotés pour sauver cette force du passé qui se condamne par l’aveuglement du désespoir.  

La bête touchée ne perçoit plus d’issue. Alors elle veut s’en sortir, fait le tour de l’arène, dépense toute son énergie pour se sauver du néant programmé. Mais la frénésie du trépas annihile toute raison.

Et pourtant, comme pour le taureau fier de son combat, le communiste devrait pouvoir pousser au plus haut sa capacité d’analyse du réel pour se dégager une perspective. S’il enferme celle-ci dans le cadre fixé par son passé, il ne pourra jamais percevoir l’avenir. Son habitude machinale de la lutte des classes ne correspond plus aux assauts de l’adversaire, c’est tout !

Personne ne lui demande de ne plus être lui-même. Car être soi même c’est placer au cœur de son action la volonté de changer le monde dans l’imminence. C’est refuser un combat qui n’a pas d’enjeu. C’est s’extraire du terrain que l’on croit être le sien. C’est adapter sa stratégie aux rapports des forces réelles en présence.

Dans l’arène, le peuple transcendé prend fait et cause systématiquement pour celui qui apparaît en position de gagne. Dans l’amphithéâtre politique les citoyens se rangent stratégiquement derrière la force qui se révèle en position de l’emporter.  

Comme le taureau qui refuse de combattre à armes inégales, le communiste doit regarder la réalité en face, droit dans les yeux. Il ne gagnera jamais seul. Il faut qu’il s’allie. Il faut qu’il convainque, séduise, persuade, qu’il participe au rassemblement de la libération humaine qui se construit aujourd’hui à coté de lui. Et souvent sans lui.

Ignorer la réalité en politique c’est se condamner à la mort !