Le fin mot de l’histoire minière.

Publié le par Section Pcf Vierzon

30 ans après sa sortie en salles, le film l’Anniversaire de Thomas, chronique de la lente agonie du pays haut minier, est réédité en DVD.

Du Thomas qui donne son nom au film, point : mais sans lui, pas de film, pas même de sidérurgie lorraine, sans l’Anglais Sydney Thomas, inventeur d’un procédé qui permît enfin l’usage du minerai lorrain trop phosphateux. Durant cent ans, de la première mise en œuvre industrielle en 1882 jusqu’à l’extinction des feux en 1982, Villerupt vit arriver ces Italiens venus d’Ombrie ou d’ailleurs. Qu’ils passent clandestinement à pied en hiver le col du Saint-Bernard, ou empruntent les autocars directement affrétés par les maitres de forges, déversant jusqu’en Belgique cette force de travail au gré de leurs besoins. A 13 ans, on est bon pour l’usine, on est assez mince pour se glisser dans les tuyaux de fonte pour les ébarber. L’Anniversaire de Thomas est une célébration d’un monde perdu, qui s’est battu comme un beau diable, dès les grèves de 1905, pour vivre là, dans la dignité. 

« On dédie ce DVD à ceux d’ArcelorMittal », dit aujourd’hui le réalisateur Jean-Paul Menichetti. La bande de copains qui traine autour de la MJC et a créé le festival du film italien sent, dès 1979, la fin proche de la sidérurgie. Ils montent dans leur coin une sorte de groupe Medvekine –Chris Marker et Costa-Gavras apportèrent d’ailleurs leur soutien au film. « On tournait parfois dans l’urgence », se souvient Bernard Reiss, preneur de son en 1982, adjoint au maire en 2012. On apprenait qu’on allait abattre un haut-fourneau, hop, on prenait la caméra ».

fototournage.jpgDocumentaire à l’écriture serrée, scandée par la musique de Patrice Parachini, l’Anniversaire de Thomas fuit le misérabilisme –on rit, on joue à la Morra, on mange la pasta sur de longues tablée, on danse. Sauf le charleston, cette danse américaine, par solidarité envers Sacco et Vanzetti. La caméra laisse du champ à ces moments de  mémoire de l’immigration ouvrière, sur un ciel enfumé rougeoyant, un potager impeccable. Ou sur cet Italien qui mit un point d’honneur à gommer tout accent –il s’appelle Armand Sacconi, et finira maire. Car ce qui traverse aussi le film, c’est l’accueil fait à ces « macaroni », dépeints comme braillards et puants dans la féroce presse du début du XXème, déjà des ennemis de l’intérieur. Et ce n’est pas sans résonance avec ce début de siècle.

DVD disponible sur commande sur www.festival-villerupt.com 

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