LES NOUVEAUX VISAGES DE L'ASSEMBLÉE: Nicolas Sansu, communiste n'est pas «gauchiste»

Publié le par Section Pcf Vierzon

Toutes les semaines, Libération.fr dresse le portrait d'un des 217 primodéputés. md0.libe.com-copie-1.jpegAujourd'hui, l'élu PCF du Cher, qui se méfie de la posture d'opposant de gauche au gouvernement.

Ces dernières semaines, il n’a pas ménagé sa peine pour porter «l’alternative budgétaire» du Front de gauche au Palais Bourbon. En vain. Député du Cher depuis le mois de juin et maire communiste de Vierzon depuis 2008, Nicolas Sansu, 44 ans, est membre de la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Il y siège, précise-t-il, «à côté de Guillaume Bachelay», le nouveau numéro 2 du PS, et  «dans un esprit constructif, sans (se) poser en donneur de leçon permanent».

Voyant dans son élection «la concrétisation d’un engagement personnel autant que le résultat d’un travail de terrain», le primo-député n'hésite pas à se décrire comme «un cumulard qui s’assume». «Vu notre mode de scrutin, qui est territorialisé, il est normal d’avoir une attache territoriale quand on est député, assure-t-il. C’est même utile, car exercer un mandat local permet de ne pas être un élu hors sol.»

La nécessité serait d’autant plus grande «vu (son) engagement», poursuit le parlementaire communiste: «Nous, nous ne sommes pas élus au gré des vagues, nous sommes élus parce que nous avons travaillé sur notre territoire. Nous sommes davantage des laboureurs que des surfeurs.» Et Sansu d’assurer que si les tenants du non cumul veulent aller au bout de leur raisonnement, eux qui «limitent le rôle du député à faire la loi à Paris et contrôler le gouvernement», ils n’ont qu'à militer pour des élections législatives «à la proportionnelle avec des listes nationales». Car si l’objectif est d’avoir des députés qui se consacrent pleinement à leur mandat, «il faudrait commencer par interdire d'être député et avocat, député et médecin, etc.». Attaché parlementaire pendant une dizaine d’année, il connaît la maison mieux que beaucoup de ses collègues élus en juin.

«C'est arrivé un peu par hasard»

Issu d’une famille communiste «engagée», le jeune Nicolas est en hypokhâgne à Lille, «dégoûté des maths après un bac scientifique», quand il fait ses premiers pas militants lors du mouvement étudiant contre le projet Devaquet de réforme de l’université. Nous sommes en 1986, il s’engage dans la foulée à l’UNEF-Solidarité étudiante et milite à l’Union des étudiants communistes (UEC), avant de devenir quelques années plur tard collaborateur du groupe communiste au Sénat: «J’ai commencé en avril 1991, c’est arrivé un peu par hasard, je ne me prédestinais pas à cela», confie-t-il.

Sous l’aile de Jacques Rimbault, alors député-maire de Bourges, puis de Jean-Claude Sandrier, dont il a repris le fauteuil à l’Assemblée nationale après avoir été son attaché parlementaire, Nicolas Sansu fait localement un parcours sans faute qui l’amène à devenir maire de Vierzon en 2008. «A la tête d’une liste rassemblant toute la gauche», précise-t-il avant de rappeler qu'en juin dernier, c’est via une triangulaire avec la droite et le FN qu'il est devenu député, grâce au désistement de la candidate socialiste.

A propos du budget actuellement en discussion au Palais Bourbon, et alors que le groupe Front de gauche s’est abstenu sur le volet recette, le député communiste martèle que «la voie choisie par le gouvernement n’est pas celle qu’attendaient les Français» et, surtout, qu’elle «n’est pas de nature à nous sortir de la crise». Une charge qui ne l’empêche nullement de dire dès qu’il en a l’occasion, «par honnêteté», qu’il y a aussi dans ce budget «des choses très innovantes qui vont dans le bon sens en matière fiscale». Qu’il s’agisse du «début de taxation des revenus du capital au même niveau que ceux du travail», mais aussi aussi d’une plus grande progressivité de l’impôt sur les société au profit des PME. Autant d'éléments qui ont selon lui justifié de ne pas rejeter le volet recettes du budget.

«Une tendance au y'a qu'à, faut qu'on»

Nicolas Sansu l'affirme, pas question de jouer «dogmatiquement» les «opposants de gauche». «Je veux simplement représenter à l’Assemblée la gauche de transformation sociale, précise-t-il. Mais j’estime aussi que le gouvernement ne doit pas oublier les 4 millions d'électeurs du Front de gauche à la présidentielle». Saluant à ce propos la «magnifique trouvaille de Mélenchon», faisant de ces électeurs les «ayants-droits de la victoire de François Hollande», le député communiste rejette avec force «la tentation gauchiste» de certains responsables du Parti de gauche, l'autre composante majeure du Front de gauche avec le Parti communiste.

Dans sa ligne de mire, Eric Coquerel, lieutenant de Mélenchon, quand celui-ci pousse les députés Front de gauche à voter contre le texte final du budget 2013. «Je suis un révolutionnaire qui se bat pour une transformation radicale de la société, explique Sansu. Mais je n’oublie pas que les petits pas existent et je n’ai pas de comptes personnels à régler avec le PS.» Selon lui, une nuance de taille avec Mélenchon et consorts, qui auraient «une tendance au y’a qu'à, faut qu’on» quand lui cherche à tenir les deux bouts d’une gauche «qui ne renonce pas mais qui ne divise pas».

Aux prochaines municipale, pas question donc de se lancer dans une liste Front de gauche autonome. «En 2008, j’ai gagné avec toute la gauche et c’est justement mon but de faire gagner la gauche», confie Nicolas Sansu. «S’il faut être unioniste pour deux, je le serai, assure-t-il. Mais le PS devrait faire attention à ne pas tomber dans l’hégémonie, car on ne fait pas l’union sur de l’humiliation». Décidé à voter le budget de l’éducation mais pas celui de la culture, le député communiste plaide pour un vote final «cohérent» et donc pour l’abstention. «Je le répète, le PS ne devrait pas nous zapper. Non pas nous, le Front de gauche en tant que crèmerie, mais les millions de clients qui sont venus faire leurs courses chez nous pendant la présidentielle, rappelle le député. Leur fermer la porte serait dangereux. Pour tout le monde.»

Par JONATHAN BOUCHET-PETERSEN

Publié dans Dans la presse.

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